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DE LA NOTE


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États-Unis : L’éveil de la gauche53 min read

La gauche connaît un essor sans précédent aux États-Unis, pays où, selon les dires de l’économiste et sociologue allemand Werner Sombart, « le socialisme n’existe pas ». Portée par une myriade de mouvements issus de la société civile, elle parvient à influencer l’establishment néolibéral du Parti démocrate et à mener une bataille culturelle qui fait émerger des propositions audacieuses dans le débat public, telles que le Green New Deal et l’augmentation du salaire minimum horaire. À l’occasion des primaires démocrates, il est essentiel de dresser un panorama de ces nouvelles forces politiques et d’analyser, à l’aune de ce qui a été accompli, leur capacité à influencer durablement la ligne majoritaire du plus vieux parti du pays.


 

Introduction

 

Le paysage politique des États-Unis d’Amérique est en pleine mutation. Depuis la campagne du candidat Bernie Sanders en 2016, la gauche américaine n’a de cesse de grandir et de se transformer : du Sunrise Movement aux Democratic Socialists of America, les organisations se multiplient et cette mutation globale n’épargne pas le vieux Parti démocrate américain qui opère un glissement vers la gauche sous l’influence de ces grassroots movements. Devenu le visage de cette aile gauche tendance socialiste, le Squad[1] (Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Ilhan Omar et Ayanna Pressley) est la partie émergée d’un immense iceberg progressive[2] qui bouscule le débat outre-Atlantique. Une new left hétérogène, qui réunit aussi bien les aspirations à une social-démocratie scandinave que les velléités révolutionnaires qui rêvent encore du Grand Soir et de la chute du capitalisme : une « auberge espagnole » populaire qui voit revenir à elle une classe ouvrière qui n’a jamais connu le rêve américain. Cette nouvelle gauche réussit l’exploit, au pays du capitalisme, de mettre le socialisme au cœur du débat public.

Green New Deal, « Bill of Rights du XXIe siècle », Modern monetary theory, État employeur en dernier ressort, le débat outre-Atlantique a vu émerger bon nombre d’idées nouvelles durant ces trois dernières années. L’establishment néolibéral du Parti démocrate, majoritairement acquis au marché libre dérégulé depuis les années 1970, semble avoir perdu la main, comme en témoigne l’ascension des candidats Bernie Sanders et Elizabeth Warren, partisans d’un État-providence à l’européenne. Bousculant le statu quo néolibéral des trente dernières années, ils ont entrepris une véritable bataille culturelle et ont fait progresser de nombreuses propositions dont certaines obtiennent un large écho favorable dans le pays : Medicare for All est ainsi au cœur des débats de la primaire démocrate et la chambre des représentants a adopté un projet de loi fixant un salaire minimum horaire de 15$ au niveau fédéral en 2025 (qui pourrait être définitivement adopté en cas de victoire démocrate en 2020). Au regard de l’histoire séculaire du Parti démocrate et de l’évolution de sa ligne politique, l’avenir proche pourrait rapidement révéler un aggiornamento de ce dernier avec son logiciel néolibéral.

 

 

I – L’évolution du positionnement politique du Parti démocrate. 

a) Du parti suprémaciste à la « Great Society » du président Johnson.

b) L’ancrage au centre-gauche : l’hégémonie de l’économie néo-classique.

II – L’influence des PACs dans le renouvellement du Congrès. 

a) Le « Bill of Rights du XXIe siècle » : BNC ou l’État-Providence pour promesse.

b) Justice Democrats, le PAC du Squad.

c) La révolution durable de Bernie Sanders.

III) L’essor du socialisme démocratique. 

a) « Democratic Socialists of America » ou la renaissance de l’idée socialiste.

b) Le socialisme à l’épreuve du divertissement.

c) Socialist Alternative versus Amazon : David contre Goliath.

IV) Une gauche unie dans des batailles concrètes. 

a) Le salaire minimum horaire à 15$, victoire singulière.

b) Sunrise Movement, héraut du Green New Deal

Conclusion.

 

I – L’évolution du positionnement politique du Parti démocrate

 

En dépit de la pluralité des partis politiques qui coexistent aux États-Unis, l’exercice du pouvoir est partagé, depuis Abraham Lincoln, entre le Parti républicain et Parti démocrate. S’il est communément admis que le premier couvre le spectre de la droite et le second celui de la gauche, il n’en a pas toujours été ainsi. Il convient ainsi de revenir brièvement sur les mutations qui ont émaillé l’histoire des deux partis séculaires afin de mieux comprendre les enjeux liés à leur évolution.

 

a) Du parti suprémaciste à la Great Society du président Johnson

 

Après l’élection du premier président des États-Unis Georges Washington, qui se présentait sans étiquette partisane, deux membres de son gouvernement, Alexander Hamilton et John Adams[3], ont regroupé les partisans d’un État fédéral fort dans un « Parti fédéraliste » qui reflétait les intérêts des classes dominantes : grands propriétaires, manufacturiers, commerçants, financiers. En désaccord avec cette ligne économique, Thomas Jefferson quitte le gouvernement et forme, en 1792, le Parti républicain, favorable aux pouvoirs locaux, aux agriculteurs et aux petites entreprises. Dénoncés pour leur sympathie vis-à-vis de la Révolution française, jugée violente, chaotique et menée par des « démocrates radicaux »[4], Jefferson et ses successeurs seront rapidement désignés comme « démocrates-républicains » par leurs détracteurs. Libéral en économie, le parti jeffersonien exprime une forte défiance à l’égard de l’État fédéral dont il refuse les taxes et la législation. Ainsi, son refus catégorique d’une loi fédérale interdisant l’esclavage (qui était considérée comme une « institution particulière ») le rend populaire dans les États du Sud qui ont recours à l’esclavage pour la culture du coton.

Après la guerre de 1812, les fédéralistes ont pratiquement disparu de l’échiquier politique américain, laissant seul le Parti démocrate-républicain : il s’agit de « l’ère des bons sentiments » (Era of Good Feelings). En 1824, le parti unique se scinde en deux à propos de la désignation du candidat à la présidence pour succéder au Président Monroe. Les tenants des principes jeffersoniens, dirigés par Andrew Jackson et Martin Van Buren, formeront le Parti démocrate moderne. Les partisans de John Quincy Adams se déclareront « nationaux-républicains » puis créeront, à la suite de l’élection présidentielle de 1832, le parti whig. Le Parti républicain moderne (ou GOP, pour Grand Old Party) est quant à lui né en 1854 des déchirures des deux grands partis sur la question de l’esclavage.

Affiche raciste décrivant le Parti démocrate comme étant celui des « hommes blancs », 1869.

 

La forte branche sudiste (le Sud était en effet acquis tout entier au Parti démocrate) restera solidement ancrée au sein du Parti démocrate jusqu’à l’élection de Franklin Delano Roosevelt en 1932. Le double mandat de Woodrow Wilson (1913-1921) voit certes advenir de nombreux progrès économiques et sociaux (impôt fédéral sur le revenu, droit de vote des femmes blanches, entre autres), mais au prix d’un ségrégationnisme renforcé. Il faudra attendre la crise économique de 1929 pour que le Parti démocrate, mené par Franklin D. Roosevelt, parvienne à rassembler fermiers, ouvriers, classes moyennes et Bourbon Democrats (démocrates sudistes, socialement conservateurs, adeptes du laissez-faire libéral) au sein d’une grande coalition démocrate. Les grandes lois sur les droits civiques promulguées par Lyndon B. Johnson en 1964 et 1965 (Civil Rights Acts et Voting Rights Act) entérinent la rupture avec le solid south et font durablement basculer le Sud vers le Parti républicain.[5]

 

b) L’ancrage au centre-gauche : l’hégémonie de l’économie néo-classique

 

Initiée par Jimmy Carter[6] et poursuivie lors du mandat Clinton (post-Reaganomics), la mue néolibérale du Parti démocrate l’a poussé à rompre avec l’héritage rooseveltien pour suivre le Parti républicain dans le soutien affirmé à l’économie libérale. Tel est le constat porté par l’économiste Sebastian Mallaby :

« L’idéologie du marché libre a été adoptée par les démocrates presque autant que par les républicains. Jimmy Carter a lancé la grande poussée vers la déréglementation, généralement avec le soutien de son parti au Congrès. Bill Clinton a présidé à la croissance du système financier parallèle, peu surveillé, et à l’abrogation des restrictions imposées aux banques commerciales pendant la dépression. »[7]

Le double mandat Reagan a en effet considérablement contribué à l’émergence des New Democrats : force de centre-gauche, elle conjugue libéralisme économique dérégulateur et libéralisme social. Ce positionnement économiquement à droite et socialement au centre-gauche n’est autre que la « troisième voie » prônée par Anthony Giddens, laquelle inspirera Tony Blair et le New Labour. Aux États-Unis, elle est incarnée par le groupe parlementaire New Democrat Coalition qui compte aujourd’hui 103 des 235 élus démocrates de la Chambre des représentants. Adeptes d’un budget à l’équilibre et thuriféraires du marché libre, les New Democrats rejoignent les Républicains dans cette vision néo-classique de l’économie, héritée de l’école de Chicago. Ainsi, parmi les candidats à l’investiture démocrate en vue de l’élection présidentielle de 2020, nombreux sont ceux qui appartiennent à ce courant : Joe Biden, Tom Steyer, Michael Bloomberg, Pete Buttigieg, ou encore John Delaney[8] sont les plus connus.

Cependant, cette majorité libérale est de plus en plus concurrencée par une aile progressive qui bénéficie du concours d’organisations issues de la société civile qui présentent des candidats et promeuvent un nouveau contrat social. C’est notamment le cas des candidats Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Afin de dissiper toute mésinterprétation, il faut toutefois préciser que le positionnement liberal américain, qui est celui de Warren et Sanders, ne correspond pas au libéralisme européen. Dans son acception américaine, liberal recouvre un large spectre de la gauche, allant de la social-démocratie au social-libéralisme : libérale sur les questions sociales, elle veut réguler le capitalisme par des mesures sociales. Le Parti démocrate américain est donc très largement liberal. Si les différences sont minces sur les questions sociales, elles sont en revanche plus prononcées sur les questions économiques : Sanders et Warren incarnent un courant social-démocrate, voire socialiste, favorable à l’interventionnisme étatique et à une refonte de la fiscalité visant à établir une taxation progressive des revenus et un impôt sur les grandes fortunes[9]. Ainsi, Elizabeth Warren propose une ultra-millionaire tax qui représenterait 2 % du patrimoine dépassant 50 millions de dollars et 3 % pour les patrimoines supérieurs à un milliard de dollars et Bernie Sanders suggère une taxation progressive de l’héritage qui comprendrait quatre tranches dont le taux marginal serait compris entre 45 et 77 %. À l’opposé du spectre, Tom Steyer, Joe Biden ou encore Michael Bloomberg incarnent une tendance liberal davantage favorable au jeu du marché, conservatrice sur la fiscalité[10] et méfiante à l’égard de tout élargissement des missions de l’État.

Défait par l’establishment démocrate en 2016, le sénateur indépendant Bernie Sanders a néanmoins été à l’origine d’un véritable bouleversement de la vie politique américaine. Nombre des grassroots movements qui constituent aujourd’hui l’aile gauche du Parti démocrate sont nés dans la foulée de sa candidature à la primaire démocrate de 2016. Il a ouvert la voie à un aggiornamento au sein du Parti démocrate : force est de constater que l’aile gauche est désormais celle qui donne le tempo de la vie politique démocrate, imposant dans le débat public des thèmes tels que le Green New Deal, l’augmentation du salaire minimum horaire ou encore Medicare for All (i.e la couverture santé pour tous). Son équipe de campagne a notamment donné naissance à des comités d’action politique (PAC pour political action committee), des groupes d’intérêts qui ont travaillé à l’élaboration d’un projet politique ambitieux et qui s’attèlent à recruter des candidats en mesure de porter ces idées.

II – L’influence des PACs dans le renouvellement du Congrès

 

Parmi les centaines de comités d’action politique qui s’investissent dans la vie politique américaine, Brand New Congress et Justice Democrats apparaissent comme les deux « PACs » devenus emblématiques de la nouvelle gauche : l’un porte l’ambition d’un État-providence moderne, l’autre a ouvert les portes du Congrès au quatuor féminin que les Américains connaissent sous le nom de « Squad ». Enfin, Our Revolution a permis à Bernie Sanders de conserver les acquis de sa campagne de 2016 et de contribuer à l’élection de candidats progressives.

 

a) Le « Bill of Rights du XXIe siècle » : BNC ou l’État-Providence pour promesse

 

Brand New Congress (BNC) est un comité d’action politique[11] né de la volonté de Saikat Chakrabarti[12] et Zack Exley[13], membres de la campagne de Bernie Sanders à l’issue de la primaire démocrate de 2016. Prenant acte de la défaite de leur candidat, les cofondateurs ont choisi de poursuivre la bataille culturelle menée par le sénateur du Vermont en changeant le visage du Congrès par l’élection d’une nouvelle génération de candidats représentatifs de cette nouvelle gauche. Pour Brand New Congress, la poursuite de cet objectif implique un « Bill of Rights[14] du XXIe siècle » qui garantit le droit à la santé, à une qualité de vie digne et à un emploi. Ce projet de bâtir un État-providence fort en inscrivant dans la Constitution des principes politiques, économiques et sociaux n’est pas sans rappeler le préambule à la Constitution française du 27 octobre 1946, et fait écho à cette volonté affirmée d’appliquer aux États-Unis une politique sociale semblable à celles menées dans les pays scandinaves et en Europe de l’Ouest. Ce projet, qui s’inscrit dans la continuité de la « Seconde Déclaration des droits » que souhaitait le président Franklin D. Roosevelt et de la « guerre contre la pauvreté » du président Johnson, entend garantir à toute personne un niveau de vie en adéquation avec les besoins qui sont ceux de la société moderne :

« Le droit inaliénable à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur doit être garanti par un niveau de vie de base qui comprend un logement adéquat et sûr, une alimentation saine, des vêtements, l’accès aux moyens de transport, des outils modernes de communication et du temps libre. »[15]

En filigrane, cette proposition définit la pauvreté en référence à ce qui semble indispensable à l’époque actuelle. Cette définition avait été clairement proposée par le politologue Michael Harrington dans son ouvrage phare sur la pauvreté aux États-Unis dans les années 1950 (« L’autre Amérique »), publié en 1962 :

« La pauvreté devrait être définie en fonction de ceux qui se voient privés des niveaux minimaux de santé, de logement, de nourriture et d’éducation que notre stade actuel de connaissances scientifiques spécifie comme nécessaires à la vie telle qu’elle est vécue actuellement aux États-Unis. »[16]

 

b) Justice Democrats, le PAC du Squad

 

Son nom est maintenant connu en dehors des États-Unis depuis le percutant documentaire « Knock down the House » diffusé sur Netflix. Fondé en 2017 par Cenk Uygur et Kyle Kulinski[17] des Young Turks (émission de radio de la gauche américaine, diffusée sur YouTube), Saikat Chakrabarti et Zack Exley, Justice Democrats n’est autre que le comité d’action politique à qui l’on doit, entre autres, la candidature de chacune des membres du quatuor féminin que l’on surnomme désormais The Squad.

 

La page d’accueil du site des Justice Democrats met en avant The Squad (Ocasio-Cortez, Pressley, Tlaib, Omar).

 

Le comité a pour objectif de présenter des candidats résolument progressistes aux élections tout en garantissant une certaine éthique : ils sont tenus de s’engager à ne pas recevoir d’argent d’un PAC d’entreprise ou de la part d’un lobby. Cette particularité prend à contre-pied les gigantesques machines financières de l’establishment républicain et s’inspire du financement participatif de la campagne du candidat Sanders en 2016, au cours de laquelle le montant moyen d’un don était de seulement 27 dollars. Justice Democrats soutient ainsi des candidats en phase avec le manifeste du comité, lequel apparaît en rupture radicale avec le statu quo néolibéral américain de par son inclination sociale-démocrate et ses idées économiques issues de la théorie monétaire moderne (MMT). Cette école de pensée économique hétérodoxe, proche des post-keynésiens, insiste notamment sur la possibilité et la pertinence d’un financement des dépenses budgétaires des États par la création monétaire.

Justice Democrats annonce ainsi vouloir « remettre de l’argent dans les poches des Américains qui travaillent dur, et créer des millions de nouveaux emplois pour ceux qui ont été laissés hors du marché du travail. »[18] Concrètement, cet objectif implique le recours à des propositions déjà insérées dans le débat public par la représentante Alexandria Ocasio-Cortez : Green New deal, salaire décent, Federal Job Guarantee[19], grand plan de travaux publics, renégociation des accords de libre-échange, fin de l’évasion fiscale et ralentissement massif des dépenses militaires. L’« État employeur en dernier recours » est l’une des propositions fortes issues de la MMT. Elle repose notamment sur les travaux d’Irving Fisher ou d’Hyman Minsky, et est promue, à l’heure actuelle, par des économistes comme Stephanie Kelton, Bill Mitchell ou Pavlina R. Tcherneva[20]. La mise en œuvre d’une telle proposition permettrait notamment de financer les millions d’emplois nécessaires pour rénover les infrastructures publiques, investir dans la santé, l’enseignement et la protection de l’environnement, dans le cadre d’un Green New deal. Pavlina Tcherneva défend ainsi l’idée que le coût global pour la société d’un plan de relance de ce type serait moins élevé que ce que coûtent actuellement le chômage et ses nombreuses externalités négatives. Une telle mesure représenterait selon elle 0,8 à 2 points de PIB (soit approximativement 200 à 400 milliards de dollars) et permettrait une réduction plus ou moins équivalente du coût des aides sociales. Elle rappelle ainsi que l’État fédéral a consacré en 2015 près de 104 milliards de dollars en programmes alimentaires, 17 milliards en assistances temporaires aux familles en difficultés, 50 milliards en aides au logement et 64 milliards en crédit d’impôt aux personnes à faibles revenus, sans compter les coûts liés à la santé ou à la justice.[21] La garantie d’un emploi par l’État fédéral permettrait ainsi de diminuer les dépenses sociales tout en promouvant une vie plus digne pour les personnes et leur épanouissement au sein d’un emploi.

Sur le volet social, Justice Democrats affirme une volonté ferme de bâtir un État-providence moderne calqué sur le modèle scandinave : Medicare for All[22], éducation gratuite, maintien des programmes Medicare et Medicaid[23], congés payés[24], congés maladie, congés parentaux, lutte contre les discriminations raciales, défense du planning familial, défense des droits des femmes, abolition des prisons privées[25], régulation des armes.

Enfin, sur le plan des libertés fondamentales, le comité réaffirme des valeurs profondément humanistes. Il appelle ainsi à l’abolir l’Immigration and Customs Enforcement, l’agence de police douanière et de contrôle aux frontières au cœur de récents scandales de détention et d’expulsion, à bannir les SuperPACs[26] et à réformer le système judiciaire. Il promeut par ailleurs l’arrêt des ventes d’armes aux pays violant les droits humains, l’abolition de la peine de mort, une réforme des règles électorales[27], le renforcement de la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre, et enfin la défense de la neutralité du net[28]. Au cœur de ce qui semble être un changement paradigmatique pour les « Dems », on peut enfin mentionner la place croissante accordée à l’identité de genre et aux sujets relatifs aux personnes LGBTQIA+ : 6 candidats ont ainsi précisé le pronom à utiliser pour s’adresser à elles et eux dans leur biographie Twitter.[29]

Parmi les événements fondateurs pour les mouvements cités jusqu’ici, le Summer for Progress 2017 a joué un rôle important : organisé dans l’objectif de présenter des propositions de lois au Congrès, il a réuni Democracy for America, les Democratic Socialists of America, #AllOfUs, les National Nurses United et une douzaine d’autres organisations sous l’égide d’Our Revolution, le mouvement post-Sanders 2016. Celui-ci occupe désormais une place centrale dans le paysage politique américain.

 

c) La révolution durable de Bernie Sanders

 

Né dans le sillon de la campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2016, Our Revolution vise à pérenniser la forte dynamique progressiste qui a propulsé le sénateur du Vermont sur le devant de la scène politique. Positionné dans le même couloir progressiste et social-démocrate que Justice Democrats, le mouvement a également pour objectif de faire émerger des candidats en mesure de porter les idées de cette nouvelle gauche. Ainsi, en 2018, le mouvement a soutenu des candidatures portées par les Justice Democrats : Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib[30](trois des représentantes du fameux Squad).

Les débuts du mouvement ont pourtant été difficiles : la nomination de Jeff Weaver, l’ex-responsable de la campagne électorale de 2016, en tant que leader de l’organisation, a conduit 8 des 15 membres de l’équipe à présenter leur démission. Parmi les griefs invoqués : la mauvaise gestion des fonds de campagne et une méthode de management fortement critiquée. Claire Sandberg, directrice organisatrice et ex-membre de la campagne de M. Sanders, a également évoqué ses inquiétudes quant à la forme juridique d’Our Revolution : organisation de statut fiscal 501(c)(4), elle est en mesure de recevoir de généreux dons de sources anonymes. Cette particularité a amené Mme Sandberg à penser que M. Weaver pourrait « trahir son objectif principal en acceptant l’argent des milliardaires, en ne restant pas financé par la base et en injectant cet argent dans l’achat de spots publicitaires au lieu de l’investir dans la construction d’un véritable mouvement. »[31]. En effet, une association de type 501(c)(4) doit impérativement avoir pour objet le bien-être social (social welfare). L’Internal Revenue Service (IRS) précise que « la promotion du bien-être social ne comprend pas la participation ou l’intervention directe ou indirecte à des campagnes politiques au nom d’un candidat à une charge publique ou pour s’y opposer ». Cependant, « les organisations de type IRC 501(c)(4), (c)(5), et (c)(6) peuvent se livrer à des campagnes politiques au nom des candidats à une charge publique ou pour s’y opposer, à condition que cette intervention ne constitue pas l’activité principale de l’organisation »[32]. Force est de constater qu’Our Revolution, trois ans après sa création, se consacre à la politique d’une manière fort habile : sa promotion du bien-être social, et plus particulièrement de la protection sociale via Medicare for All, en fait tout à la fois un acteur du social welfare et, consubstantiellement, une association à but politique.

 

Récolte de fonds pour l’organisation d’un Medicare for All Emergency Tour.

 

Les propositions qui sont celles de Our Revolution couvrent ainsi un nombre considérable de thèmes : si l’on retrouve un socle commun avec BNC et Justice Democrats (Medicare for All à payeur unique, lutte contre le dérèglement climatique, salaire décent, gratuité de l’université…), l’organisation aborde de nombreux autres sujets et prend des positions audacieuses. Our Revolution propose ainsi la construction, la réhabilitation et la préservation de 3,5 millions d’habitations sur une décennie, un soutien financier aux primo-accédants à la propriété ou encore la réforme du Credit Score[33] pour « faire en sorte que les industries de la banque et du crédit travaillent pour les emprunteurs et pas seulement pour les prêteurs. ». Sur l’égalité en faveur des personnes LGBT+, l’organisation suggère le véto systématique pour tout projet de législation visant à « protéger » des libertés religieuses qui impliquerait dès lors le droit de discriminer une personne en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. En outre, Our Revolution soumet l’idée de travailler avec le Département de la Santé et des Services Sociaux afin de s’assurer que les personnes LGBT+ disposent d’une couverture santé appropriée, en mesure de prendre en charge les opérations de chirurgie de réassignation, l’IVG, la grossesse, l’accouchement et de garantir que ces soins soient dispensés dans le respect de la dignité des personnes. Enfin, Our Revolution accorde une importance considérable aux Native Americans (Indiens d’Amérique) et suggère une protection fédérale des lieux sacrés, la lutte contre le racisme (cela implique la suppression des mascottes sportives qui véhiculent des stéréotypes surannés[34]) ainsi que la création de plans visant à développer l’accès au logement, à la santé et à l’éducation.

Le large consensus qui existe entre ces nouveaux PACs sur les sujets cruciaux du XXIe aux États-Unis (climat, État-providence moderne, endettement étudiant, santé…) les amène à travailler de concert et à soutenir ensemble de mêmes candidats : ainsi, Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib ont été officiellement soutenues par de nombreuses organisations dont Justice Democrats et Our Revolution. Parmi ces organisations figuraient également les Democratic Socialists of America.

III) L’essor du socialisme démocratique

a) « Democratic Socialists of America » ou la renaissance de l’idée socialiste

 

Les socialistes démocrates d’Amérique (DSA) sont la force vive du renouveau de la gauche américaine et de l’idée socialiste en particulier. Emporté par la vague du « socialiste » Bernie Sanders en 2016, la structure a vu son nombre d’adhésions bondir de plus de 800 % en l’espace de trois ans, passant de 6 500 à près de 60 000 adhérents. Signe des temps, un sondage réalisé par l’institut Gallup révèle que plus de la moitié des Américains ayant entre 18 et 29 préfèrent le socialisme au capitalisme[35].

Les DSA ne sont pas un parti mais également une organisation à but non-lucratif de type 501(c)(4). L’organisation a été créée par le politologue Michael Harrington. Elle se réclame d’une idéologie politique dont l’économiste et sociologue Werner Sombart considère qu’elle n’existait pas aux États-Unis : le socialisme démocratique. Oscillant entre un programme social-démocrate (Medicare for All, hausse du salaire minimum…) et un horizon socialiste, propriété sociale des moyens de production, abolition de la « classe des milliardaires », disparition du système économique capitaliste,[36] les DSA constituent une force très hétérogène mais indubitablement à la gauche du candidat Sanders. Principal moteur du socialisme démocratique outre-Atlantique, le mouvement conjugue avec habileté la communication politique sur les réseaux sociaux, par exemple à travers l’« emoji rose » en guise de ralliement au socialisme, et le débat d’idées, notamment avec la célèbre revue Jacobin. Ses idées et ses militants ont essaimé chez Our Revolution, Justice Democrats, Fight for $15 ou encore Sunrise Movement.

Porteurs d’un socialisme que l’on pourrait qualifier de libéral[37], les DSA entendent faire entrer la production dans le champ de la démocratie et ainsi retrouver collectivement et individuellement la maîtrise du travail et de la valeur.

« Disons les choses comme cela. Marx était un démocrate avec un petit « d ». Les socialistes démocrates envisagent un ordre social humain fondé sur le contrôle populaire des ressources et de la production, la planification économique, le féminisme et l’égalité raciale. Je partage un programme immédiat avec les libéraux de ce pays parce que le meilleur libéralisme mène au socialisme. […] Je veux être sur l’aile gauche du possible. »[38] — Michael Harrington

Que leur corpus idéologique soit socialiste ou social-démocrate,[39] Bernie Sanders et les DSA pratiquent une forme d’entrisme au sein du Parti démocrate. Critiques du capitalisme, l’un et l’autre défendent des positions radicales, contrairement à Elizabeth Warren qui revendique le fait d’être « capitaliste jusqu’à l’os »[40]. Quand le sénateur du Vermont appelle à nationaliser la production d’énergie, les Democratic Socialists of America recherchent à « ébranler le pouvoir du système capitaliste » en nationalisant les industries stratégiques telles que les banques et l’industrie automobile et en développant massivement les entreprises coopératives.[41] Ces propositions fortes font écho à un entretien accordé par le professeur Stanislao G. Pugliese en 2000 dans le Democratic Left dans lequel il enjoignait les membres de l’organisation socialiste à reconnaître des préoccupations communes avec les écrits et les actions de Carlo Rosselli[42], penseur du « socialisme libéral » de la première moitié du vingtième siècle. Les idées évoquées résonnent en effet avec ce qu’affirmait le philosophe romain :

« Le peuple italien, en socialisant les grandes banques privées ne fera qu’exercer ses droits de créancier. Il n’est pas admissible que les banques prétendent socialiser les pertes en se réservant seulement les gains […] La grande banque privée constitue, dans la société moderne, une force immense qui, avec ses pressions et ses manœuvres secrètes, met en sérieux danger le fonctionnement des institutions démocratiques. » [43]

Cela nous permet toutefois de constater que si les DSA soutiennent Bernie Sanders, leur ligne politique n’est plus celle du candidat autoproclamé « socialiste » : l’organisation de Michael Harrington est bien plus proche des positions de la gauche radicale que ne l’est Sanders. Sanders serait ainsi plus proche du modèle social-démocrate scandinave : il n’est pas question pour lui de nationaliser des pans entiers de l’économie mais de mettre en œuvre un système de santé à payeur unique (Medicare for All), une éducation gratuite et une plus forte taxation des grandes fortunes. Cette divergence entre Bernie Sanders et les DSA a été au cœur du débat au moment du vote visant à soutenir officiellement ou non le candidat à la Maison-Blanche. Bien que le vote en faveur du soutien soit arrivé en tête avec une large majorité (74%), les voix discordantes ont rappelé leurs profonds désaccords avec lui, à commencer par cet entrisme au sein du Parti démocrate. Dans une tribune publiée dans le Left Voice, Juan Cruz Ferre[44] met ainsi en garde les organisations socialistes en rappelant que « si des organisations socialistes comme la DSA approuvent la candidature démocrate de Sanders, cela enverra le message que le moyen pour atteindre nos objectifs est en effet le Parti démocrate », alors que celui-ci serait, selon l’auteur, directement responsable du démantèlement des mouvements sociaux et inféodé aux intérêts de la classe capitaliste. Ferre et ses partisans se réclament notamment d’Eugene V. Debs, figure historique éminente du Socialist Party (et, paradoxalement, maître à penser de Sanders) qui écrivait notamment :

« Tous les votes du peuple ne nous serviraient à rien si notre parti cessait d’être un parti révolutionnaire, […] cédant de plus en plus à la pression d’en modifier les principes et le programme pour recueillir plus de votes et hâter le jour de son triomphe attendu. »[45]

S’il est minoritaire au sein du mouvement, ce radicalisme affiché et assumé n’est toutefois pas l’apanage d’une frange « ultra » des DSA. Il est en effet partagé par d’autres formations de l’extrême gauche américaine et par une entreprise coopérative de Detroit qui a pour ambition de créer le premier « Netflix socialiste ».

 

b) Le socialisme à l’épreuve du divertissement

 

En mai 2018, le clip de campagne d’une jeune femme d’origine portoricaine, improbable candidate à l’investiture démocrate pour le 14e district de l’État de New-York, la désormais célèbre Alexandria Ocasio-Cortez, débutait par les mots : « Les femmes comme moi ne sont pas supposées se présenter à une élection ». Chef d’œuvre de communication politique, ce clip a été réalisé par la société Means Media, une entreprise coopérative située à Detroit, dans le Michigan. Cette société ne compte que deux personnes, Naomi Burton et Nick Hayes, qui appartiennent tous deux aux DSA de Détroit. Leur société a depuis été à l’origine de nombreuses vidéos sur des sujets tels que le capitalisme, la colonisation, le communisme, le racisme, etc. Le contenu des productions est sans ambiguïté sur la ligne anticapitaliste de la coopérative. Means Media est ainsi un élément représentatif de la bataille culturelle, en même temps que politique, qui entoure l’éveil de la gauche américaine.

 

« Changeons le système », Means TV.

 

Dans une interview accordée au think-tank Hémisphère Gauche[46], Naomi Burton décrit Means Media comme « comme une coopérative, utilisant les principes socialistes de démocratie, de propriété partagée et de coopération » et voit dans son projet le moyen de « créer les conditions propices à la révolution et à la libération ». Le socialisme défendu par le couple Burton-Hayes se revendique ainsi révolutionnaire et est marqué par l’empreinte de l’anarcho-syndicalisme. Ainsi, Burton dénonce avec véhémence les mouvements progressistes (notamment la candidate Warren) en déclarant qu’il « convient d’être clair en vous identifiant comme anticapitalistes et non comme progressistes. Les soi-disant “progressistes » trahiront le mouvement. »

Dessin satirique réalisé par Means Media.

 

La coopérative cherche ainsi à développer un média de streaming « post-capitaliste » : Means TV. Lorsque l’on demande à Nick Hayes si le contenu de Means TV sera intégralement politique, il répond positivement et négativement : « Tout ce qui se trouve sur Netflix est politique, et une grande partie de ce qui se trouve sur Netflix est un plaidoyer pour le statu quo. Nous ne sommes pas vraiment intéressés par ce genre de médias. Cela dit, nous voulons faire des choses que les gens trouvent divertissantes. Notre principale préoccupation est : est-ce que le contenu frappe en haut ou en bas ?[47] Est-ce raciste, individualiste ou contraire aux sujets auxquels nous, gens de gauche de la classe ouvrière, attachons de l’importance ? »[48]

Ce positionnement sans concession n’empêche toutefois pas la coopérative d’afficher son soutien à Bernie Sanders. Cette stratégie est partagée par d’autres organisations de la gauche radicale américaine qui, le temps d’une élection, font le choix du ralliement derrière le candidat le plus en phase avec leur corpus idéologique.

c) Socialist Alternative versus Amazon : David contre Goliath

 

Parti politique groupusculaire fondé en 1986 et ne comptant que 1000 adhérents en 2019, le mouvement Socialist Alternative, qui se réclame du trotskisme, a fait parler de lui à la suite de la lutte opposant sa seule élue Kshama Sawant à Amazon au sein du conseil municipal de la ville de Seattle. L’origine du conflit entre la quadragénaire socialiste et l’une des plus importantes multinationales au monde remonte à 2018. Sawant avait en effet soutenu une loi instaurant une taxe par employé destinée à pouvoir loger les personnes sans-abri : un fardeau financier pour Amazon qui compte près de 45 000 salariés dans cette ville de l’État de Washington. Dans un vote à sept contre deux, cette loi fut abrogée un mois après son adoption. L’entreprise de Jeff Bezos dont le siège est à Seattle a en effet massivement financé, à hauteur de 1,5 million de dollars,[49] les opposants de Sawant, et plus particulièrement son opposant direct Egan Orion, à travers un comité d’action politique de manière à faire échouer sa réélection et à placer des élus plus « business-friendly »[50]. Mobilisant de nombreuses personnes bénévoles, Sawant a galvanisé ses soutiens électoraux qui ont frappé à plus de 200 000 portes et réuni plus de 500 000 dollars. Au terme d’une campagne menée tambour battant, elle a finalement conservé son siège en réunissant 1693 votes de plus que son adversaire et promis de réintroduire en priorité une taxe similaire à la head tax abrogée.

Quelques années avant Sawant, en 2011, Socialist Alternative avait fait irruption dans les médias grâce à une campagne intitulée Jobs Not Cuts en réaction à la crise du plafonnement de la dette fédérale et au Bugdet Control Act adopté par le Congrès en août 2011. Cette loi qui actait un relèvement du plafond de la dette impliquait en retour un plan d’économie de 1 200 millions de dollars entre 2013 et 2021.[51] Partisan d’un grand plan de création d’emplois publics destinés à résorber le chômage qui est alors de plus de 9%, le parti a alors reçu les soutiens de pointures de la gauche radicale telles que Noam Chomsky, Chris Hedges ou encore Cindy Sheeran.

En 2016, le parti a ensuite lancé une campagne intitulée #Movement4Bernie destinée à soutenir la candidature du sénateur socialiste à la primaire démocrate. Trois ans plus tard, Socialist Alternative déplore toujours la décision prise par Sanders à l’issue de sa défaite : soutenir Clinton au lieu de se présenter comme indépendant. Si le parti n’a pas réitéré sa campagne, il se range une fois de plus derrière le doyen de la primaire tout en affirmant préparer la suite, notamment à travers la construction d’un nouveau parti qui défend la classe ouvrière.

Si Socialist Alternative reste une organisation marginale au regard des autres composantes de la gauche américaine, elle parvient néanmoins à s’insérer dans le paysage politique par l’action de sa figure de proue Kshama Sawant, élue au Seattle City Council : l’instigatrice de la head tax est récemment parvenue à faire voter à l’unanimité une trêve hivernale des expulsions locatives, une première aux États-Unis.[52]

IV) Une gauche unie dans des batailles concrètes

 

Malgré les divergences idéologiques et les sensibilités propres à chaque mouvement, leur union se forge dans des luttes concrètes et emblématiques, en particulier autour des questions de justice sociale et de la transition écologique. De Fight for $15 au Sunrise Movement, ce sont dans les idées et les luttes concrètes que s’éveille réellement la gauche américaine.

 

a) Le salaire minimum horaire à 15$, victoire singulière

 

En novembre 2012, plus de cent travailleurs de fast-food, incluant McDonald’s, Burger King, Wendy’s, Domino’s, Papa John’s, Pizza Hut et KFC, de la ville de New York ont cessé le travail et réclamé une hausse de salaire, de meilleures conditions de travail et le droit de se syndiquer sans risquer de représailles de la part de leurs équipes managériales. Parmi les grévistes, de nombreuses personnes étaient rémunérées 7,25$ de l’heure, le salaire horaire minimum fédéral. Ce revenu ne garantit pas un niveau de vie décent. Il contraint les salariés à avoir un second emploi ou à recourir aux bons alimentaires, aussi appelés food stamps.

Fight for $15 symbolise la conjonction de l’initiative ouvrière et la nécessité de l’action syndicale et politique. Avec pour seul mot d’ordre « 15$ de l’heure et un syndicat », l’action de novembre 2012 a progressivement essaimé et gagné à sa cause de nombreuses personnalités politiques et organisations : le syndicat AFL-CIO[53], Bernie Sanders, DSA, Socialist Alternative, Brand New Congress, Justice Democrats, etc. Toute la gauche américaine semble désormais appuyer la cause du mouvement spontané né de la colère et de la misère des employés de fast-food. Au fil des grèves et manifestations, Fight for $15 a remporté de nombreuses batailles. En 2016, en Californie, le salaire minimum horaire a été relevé à 10$ et atteindra 15$ en 2022.[54] Dans le même temps, des villes californiennes telles que Berkeley, El Cerrito, Emeryville, Mountain View, San Francisco, San Jose, San Mateo et Sunnyville ont déjà porté le salaire minimum horaire à 15$. L’État du Massachussetts a promulgué sa loi « Grande Négociation » qui portera progressivement le salaire minimum à 15$ en 2023.[55] L’État de New York portera progressivement le salaire minimum horaire à 15$ d’ici à 2021[56] . L’État de l’Illinois garantira quant à lui aux salariés un salaire horaire de 15$ à l’horizon 2025 en procédant par augmentation progressive annuelle.[57] En outre, en octobre 2018, Amazon a annoncé relever le salaire minimum horaire des employés de son entreprise à 15$. Le mois précédent, Bernie Sanders et Ro Khanna avaient introduit le Stop BEZOS Act (Stop Bad Employers by Zeroing Out Subsidies) qui prévoyait de manière volontairement provocatrice de taxer à 100 % les entreprises de plus de 500 salariés dont tout ou partie du personnel reçoit des aides gouvernementales (aide ou logement ou bons alimentaires). Sous l’effet conjugué de cette proposition de loi et des grèves, Amazon a finalement concédé un salaire minimum horaire de 15$ dans tout le pays.

Cette situation fait écho à ce que déclarait déjà le sénateur Sanders dans son livre-programme Our Revolution : a future to believe in au sujet de la famille la plus riche d’Amérique : les Walton. Propriétaire de Walmart, nombre de ses salariés sont rémunérés au salaire minimum fédéral en vigueur, 7,25$/h. Selon le candidat, cela revient à subventionner directement les bas salaires puisque toute personne payée 7,25$ a nécessairement besoin d’en appeler à l’appareil étatique pour subvenir à ses besoins. Ainsi, la famille Walton dont le patrimoine avoisine 140 milliards de dollars compte sur les programmes d’aides gouvernementaux pour continuer à sous-payer son personnel.

Le combat des Fight for $15 a débouché sur une proposition de loi fédérale. En effet, en juin dernier, le Congrès a voté en faveur d’une hausse du salaire minimum horaire : ce dernier sera officiellement de 15$ à compter de 2025[58] si la proposition intitulée Raise the Wage Bill reçoit un vote favorable du Sénat.[59] Tout en saluant ce vote, la représentante socialiste Alexandria Ocasio-Cortez a toutefois tenu à nuancer l’ampleur de la nouvelle en rappelant qu’« il ne s’agit pas seulement de 15$/heure, c’est 15$/h et un syndicat », un avertissement clair au sujet de la nécessité d’instaurer un rapport de force dans chaque entreprise. Une ambition qui se retrouve également dans la promotion de son Green new deal.

b) Sunrise Movement, héraut du Green New Deal

 

Le Sunrise Movement est sans aucun doute le grassroots movement le plus connu des États-Unis. La jeune organisation de type 501(c)(4) n’en est plus à son coup d’essai et son influence sur la politique nationale américaine est désormais indéniable. Lancé en 2017, le mouvement a été placé sous le feu des projecteurs après l’élection du Squad, soutenu par Sunrise en raison des positions pro-climat des protagonistes. Les jeunes environnementalistes réitèrent peu après leur coup d’éclat en organisant un sit-in dans le bureau de Nancy Pelosi, la Présidente de la Chambre des Représentants, en compagnie de la nouvellement élue Alexandria Ocasio-Cortez. Cette dernière est très certainement l’alliée la plus précieuse et la plus engagée du Sunrise Movement puisqu’elle a porté la résolution 109, reconnaissant le devoir du gouvernement fédéral de créer un Green New Deal.

Le texte[60] prévoit ainsi :

  • d’atteindre zéro émissions de gaz à effet de serre grâce à une transition juste et équitable pour toutes et tous ;
  • la création de millions d’emplois bien rémunérés, la garantie de la prospérité et de la sécurité économique de toutes les personnes des États-Unis ;
  • l’investissement de 16 000 milliards de dollars dans les infrastructures et l’industrie des États-Unis de manière à relever les défis du XXIe siècle de manière durable ;
  • de garantir à toutes les personnes et à toutes les générations à venir : un air propre et une eau saine, la résilience climatique, une alimentation saine, l’accès à la nature et un environnement durable ;
  • de promouvoir la justice et l’équité en mettant fin à l’oppression actuelle tout en empêchant toute oppression future et en réparant l’oppression historique des peuples autochtones, des communautés de couleur, des communautés de migrants, des communautés désindustrialisées, des communautés rurales dépeuplées, des pauvres, des travailleurs à faible revenu, des femmes, des personnes âgées, des personnes non logées, des personnes handicapées et des jeunes.

Au sein de la gauche américaine, le Green New Deal est devenu la proposition phare des candidats au Congrès et une condition sine qua non de soutien de la part des comités d’action politique tels que Justice Democrats ou des organisations telles que les Democratic Socialists of America. Au sein des candidats à la primaire démocrate, seuls Bennet, Bloomberg et Delaney ont marqué leur opposition à la résolution 109 portée par Alexandria Ocasio-Cortez. Toutefois, à l’exception de Bernie Sanders, aucun autre candidat ne se risque à proposer dans son programme ce qui figure dans le Green New Deal d’Alexandria Ocasio-Cortez et du Sunrise Movement, à savoir l’État employeur en dernier ressort (federal job guarantee). Seul Bernie Sanders prévoit un plan d’embauche massif dans le cadre de son Green New Deal et, conjointement, un programme Jobs for all qui mettrait en œuvre une garantie fédérale d’emploi assurant à toute personne un emploi stable et un salaire décent. Dès lors, on peut légitimement douter de la sincérité de celles et ceux qui affirment soutenir la proposition. On soulignera cependant que cet alignement majoritaire, s’il reste un calcul politique, n’en demeure pas moins révélateur du poids que représente désormais l’aile gauche du Parti démocrate.

 

Conclusion

 

2020 est une année charnière pour une gauche américaine en effervescence depuis trois ans. Galvanisée tant par ses jeunes figures de proue que par ses têtes chenues, elle est parvenue à créer une dynamique qui a redonné un sens à l’action collective, qu’elle soit purement politique ou syndicale. Elle a surtout eu l’audace d’aller là où peu de gens l’attendaient : sur un terrain radical, en affirmant sa filiation au socialisme, en promouvant un Green New Deal, en réclamant une justice sociale et fiscale, voire parfois en réinvestissant l’identité anticapitaliste. Elle a su parler à la jeunesse, qui s’est emparée du web pour en amplifier l’écho : la jeune gauche américaine lit et s’exprime dans Jacobin et In These Times tout en écoutant les podcasts de Chapo Trap House. Ce travail mené de concert par des entités multiples converge pour renouveler le logiciel politique du Parti démocrate : la grande faction sociale-libérale s’érode et ne parvient plus à imposer son rythme. On peut le mesurer tant sur les enquêtes que lors des débats de la primaire démocrate : Bernie Sanders et Elizabeth Warren donnent le tempo et dominent l’agenda politique au point de créer un quasi-consensus autour de propositions telles que Medicare for All[61] ou le Green New Deal.

Cette émergence de la gauche n’a pas bousculé le bipartisme historique des États-Unis. Il faut dire que les tiers partis n’ont souvent qu’une existence éphémère. En dépit des désaccords que nous avons cités, c’est la raison pour laquelle les candidats indépendants participent aux primaires des deux principales formations politiques du pays. On remarquera en outre que lesdites formations ont considérablement évolué au fil de leur existence : leur dénomination respective n’ancre nullement l’une ou l’autre dans un corpus idéologique figé. Il sera ainsi particulièrement intéressant d’analyser les résultats de la primaire démocrate, quels qu’ils soient. Ils seront sans nul doute d’une aide précieuse pour mesurer concrètement le poids de cette nouvelle gauche dans l’électorat américain et esquisser son avenir. Dans quatre ans, l’actuel doyen ne sera pas candidat et l’on peut d’ores et déjà se risquer au pronostic : l’égérie actuelle de la gauche, Alexandria Ocasio-Cortez, aura 35 ans et donc la possibilité de se présenter à l’investiture suprême, à moins qu’émergent de nouveaux visages d’ici à cette échéance. Des nouveaux visages qui pourraient par ailleurs être issus du nouveau PAC lancé par la jeune élue du 14e district de l’État de New York : Courage to Change.

En réponse à cette aile gauche stratégique et organisée, l’establishment démocrate politique et médiatique met tout en œuvre pour faire gagner une personnalité plus modérée : le New York Times a ainsi choisi de soutenir officiellement Amy Klobuchar et Elizabeth Warren, les milliardaires Michael Bloomberg et Tom Steyer dépensent sans compter pour leur propre campagne et l’ex-candidate démocrate à la présidence Hillary Clinton s’est fendue d’une diatribe à l’encontre de Bernie Sanders. Citons également le SuperPAC Democratic Majority for Israel, qui n’a pas hésité à dépenser plus d’un million de dollars pour diffuser un spot visant à dénigrer le sénateur du Vermont en le qualifiant d’antisémite.

Pour autant, si l’imposante machine démocrate est en mesure de faire vaciller la candidature de Bernie Sanders, il est probable que la nouvelle gauche américaine n’en sera pas stoppée pour autant. Les revendications portées par cette gauche sont en phase avec un climat social dégradé : la dette étudiante est colossale (proche des 1 000 milliards de dollars), la couverture sociale est catastrophique (près de 30 millions de personnes ne sont pas assurées et 137 millions d’Américains font face à des difficultés financières en raison de leurs dépenses de santé) et les inégalités se sont dramatiquement accrues (les 40 % les plus pauvres ne possèdent désormais qu’un pourcent des richesses alors que le « top 1 % » possède plus de 35 % des richesses). Enfin, il faut souligner le fait qu’en dépit de son influence, l’establishment démocrate n’a pas complètement la main sur les candidats qui se présentent sous son étiquette. Contrairement à la France où l’on se présente au nom d’un parti politique après avoir obtenu son investiture, aux États-Unis, c’est au moment de s’enregistrer sur les listes électorales que l’on peut indiquer une préférence partisane : on « s’autoproclame », républicain, démocrate, vert, libertarien… Le recours aux primaires avait justement pour objectif d’arracher le contrôle des candidatures par l’establishment des partis politiques pour le confier à leurs adhérents. C’est pour cette raison que nous assistons à un renouvellement politique tant au Congrès que dans les Chambres des États fédérés.

Cette note n’a pas pour vocation de dresser un panorama exhaustif des mouvements qui composent la gauche américaine. Pour cela, il aurait par exemple été intéressant de revenir sur MoveOn ou People’s Action, sur le Party for Socialism and Liberation ou encore sur le Working Families Party qui a soutenu Sanders en 2016 et qui soutient Warren pour 2020. Le choix a été fait de retenir les organisations les plus importantes compte tenu de leur influence politique, sociale et législative durant ces trois dernières années. Elle a également pour objectif de montrer comment les États-Unis peuvent devenir, de manière assez inattendue, une source d’inspiration pour la gauche française et un laboratoire politique unique. À l’heure où la fragmentation est la règle en France, où les syndicats se heurtent aux limites que leur impose le faible taux de syndicalisation des salariés, où la communication politique est désuète et inaudible, l’Amérique est en mesure d’offrir quelques pistes pour tenter de rebâtir une gauche forte, ambitieuse, moderne et capable de redonner à toutes et tous A future to believe in.

 


[1] Le mot, qui signifie « escouade » fait référence à la culture hip-hop de la côte Est des États-Unis.

[2] Le terme « progressive » peut se traduire sommairement par « progressiste ». Dans son acception américaine, il renvoie cependant plus spécifiquement à l’ère progressiste (progressive era) qui s’étend des années 1890 aux années 1920 et est marquée par une rupture temporaire avec l’idéologie du laissez-faire et par l’adoption de nombreuses lois sociales. C’est en ce sens que Bernie Sanders revendique sa filiation progressive.

[3] Alexander Hamilton (1755 – 1804), juriste constitutionnaliste, est l’un des « Pères fondateurs » (signataires de la Déclaration d’indépendance ou la Constitution des États-Unis). John Adams (1735-1826) est un homme d’État américain, président des États-Unis de 1797 à 1801.

Thomas Jefferson (1743 – 1826), diplomate, avocat, architecte et philosophe, il est également un des « Pères fondateurs » et fut le troisième Président des États-Unis.

[4] Janda, Kenneth, Berry, Jeffrey M., Goldman, Jerry and Schildkraut Deborah, The Challenge of Democracy: American Government in Global Politics, 13th ed, 2018, Mixed Media, p. 212.

[5] Lyndon B. Johnson déclara à un de ses conseillers, Bill Moyers : « Je crois que nous venons de livrer le Sud aux républicains pour longtemps. ». Cf. Vergniolle de Chantal, François, La crise d’identité du parti démocrate, Vingtième siècle. Revue d’histoire, cairn.info, 2008.

[6] Jimmy Carter fut le 39e Président des États-Unis (1977 – 1981).

[7] Mallaby, Sebastien, Why we deregulated the banks?, 29 juillet 2011, nytimes.com. Traduction de l’auteur.

[8] Joe Biden fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 avant de devenir le 47e vice-président des États-Unis durant les deux mandats de Barack Obama (2009 – 2017).

Tom Steyer est milliardaire. Gestionnaire de fonds spéculatifs, il est un important contributeur des candidats à l’élection présidentielle du Parti démocrate (il a ainsi soutenu financièrement John Kerry, Hillary Clinton et Barack Obama).
Michael Bloomberg est un homme d’affaires, fondateur de Bloomberg L. P., une société de services et d’informations financières. 5e plus importante fortune du monde (estimée à 50 milliards de dollars), il fut maire de New-York de 2002 à 2013.

Pete Buttigieg fut maire de South Bend (Indiana) de 2012 à 2020. Vétéran de la guerre d’Afghanistan, il est également le premier candidat ouvertement gay à se présenter à l’élection présidentielle.
John Delaney est un homme d’affaires multimillionnaires et fut représentant du 6e du Maryland de 2013 à 2019.

[9] La gauche américaine à l’assaut de la justice fiscale, hemispheregauche.fr, 8 mars 2019.

[10] À titre d’exemple, citons le projet de réforme de l’impôt sur le revenu de Joe Biden : seule la dernière tranche serait relevée (de 37 à 39,6 %).

[11] Un comité d’action politique est une organisation privée dont le but est d’aider ou au contraire de gêner des élus, ainsi que d’encourager ou de dissuader l’adoption de certaines lois.

[12] Ancien développeur de technologies de mobilisation durant la campagne de Bernie Sanders en 2016, il a participé à faire élire Alexandria Ocasio-Cortez, avant de devenir son chef de cabinet.

[13] Zack Exley est un ancien cadre de la campagne de Bernie Sanders de 2016. Il faisait partie des responsables de la stratégie numérique du candidat.

[14] La Déclaration des droits (United States Bill of Rights) est constituée des dix premiers amendements à la Constitution des États-Unis d’Amérique. S’inspirant des écrits de Locke et de Montesquieu, elle limite les pouvoirs du gouvernement fédéral et garantit les libertés fondamentales.

[15] 21st Century Bill of Rights, brandnewcongress.com. Traduction de l’auteur.

[16] Harrington, Michael, The Other America, Poverty in the United States, Scribner, 2012, p. 183
Traduction de l’auteur.

[17] Cenk Uygur a fondé l’émission de radio The Young Turks. Kyle Kulinski est un animateur de radio et youtubeur affilié au réseau des Young Turks.

[18] source ?

[19] Il s’agit d’une forme renouvelée de la fonction d’employeur en dernier ressort de l’État.

[20] Stephanie Kelton est économiste et fut conseillère économique de Bernie Sanders lors de la campagne de 2016. Bill Mitchell est professeur d’économie et un des fondateurs de la théorie monétaire moderne. Pavlina Tchevena est économiste au sein du Levy Institute.

[21] Cf. How much will the JG program cost?, pavlina-tcherneva.net.

[22] Devenu un motto des primaires démocrates, défendu par la majorité des candidats. Précisons que le Medicare for All appelé de ses vœux par Justice Democrats implique un payeur unique (single payer) : l’État. Cela passe donc par la fin des assurances santé privées.

[23] Medicare est un programme visant à fournir une assurance-santé aux personnes de 65 ans ou plus. Ce programme ne couvre toutefois pas la totalité des soins de santé. Medicaid fournit quant à lui une assurance-santé aux personnes à faibles ressources. La réforme Patient Protection and Affordable Care Act (« Obamacare ») de 2010 a permis d’étendre Medicare : les personnes vivant avec un revenu équivalent à 133% du seuil de pauvreté sont désormais éligibles. Ces deux programmes sont l’œuvre du Président Lyndon Johnson (1965) qui, comme John F. Kennedy avant lui, fut inspiré par le livre « L’autre Amérique » de Michael Harrington, fondateur des Democratic Socialists of America en 1982.

[24] Aux États-Unis, il n’existe pas d’obligation légale pour les employeurs d’octroyer des congés (payés ou non), quels qu’ils soient, y compris donc congé maladie ou congé parental. Ainsi, c’est près d’un Américain sur quatre qui ne bénéficie d’aucun congé payé. En moyenne, les entreprises privées octroient 10 jours de congés payés par an. Cf. l’étude du Center for Economic and Policy Research, “No-vacation national, revised”, Adewale MAYE, mai 2019.

[25] En 2016, 8 % des détenus étaient enfermés dans des prisons gérées par des entreprises sous contrat avec le gouvernement fédéral ou un gouvernement d’État.

[26] Justice Democrats affirme que : « La Cour Suprême a légalisé la corruption ». L’arrêt Citizens United v. Federal Election Committee du 21 janvier 2010 a autorisé le financement de campagne électorale par des entreprises privées. Conséquence de cette décision : des supers comités d’action politique sont créés pour recevoir des fonds et faire campagne. Ainsi, à l’instar de Justice Democrats, de nombreuses voix réclament une réforme constitutionnelle pour bannir les Super PACs. Pour ce faire, la proposition de réforme doit être approuvée par les deux tiers des deux chambres puis les trois quarts des États, comme le dispose l’article V de la Constitution. Jusqu’à présent, les décisions de la Cour Suprême postérieures à Citizens United v. FEC (SpeechNow v. FEC, McCutcheon v. FEC…) tendent à forcer la décision historique du 21 janvier 2010.

[27] Justice Democrats mentionne un Fair Representation Act destiné à étendre la Chambre des Représentants ou encore le financement public des élections.

[28] La neutralité du net a été abrogée par la Federal Communications Commission le 14 décembre 2018. Voir la note du même auteur : « La neutralité du net, condition d’un internet libre », lvsl.fr, juillet 2019.

[29] Elizabeth Warren, Kamala Harris, Pete Buttigieg, Julian Castro, Cory Booker et Tom Steyer.

[30] Alexandria Ocasio-Cortez, élue du 14e district de l’État de New-York, travaillait comme barmaid pour soutenir financièrement sa famille avant son élection.

Ilhan Omar, élue du 5e district du Minnesota, est la première femme de la Chambre des Représentants à porter le voile. Contrairement à Rachida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez, elle ne se décrit pas « socialiste », tout en reconnaissant défendre des idées socialistes.
Rashida Tlaib, élue du 13e district du Michigan, fut également élue à la Chambre des Représentants de ce même État de 2009 à 2014.

[31] Bernie Sanders’s New Political Group Is Met by Staff Revolt, nytimes.com, 24 août 2016.

[32] Political Campaign and Lobbying Activities of IRC 501(c)(4), (c)(5), and (c)(6) Organizations, page L-2.

[33] Ce score représente la solvabilité d’une personne et la probabilité que celle-ci rembourse ses dettes.

[34] L’exemple le plus connu étant celui des Washington Redskins (peaux-rouges) et des Kansas City Chiefs, deux équipes de football (US) de NFL.

[35] https://www.cnbc.com/2018/08/14/fewer-than-half-of-young-americans-are-positive-about-capitalism.html

[36] Du même auteur : « Qui sont les socialistes démocrates d’Amérique ? », hemispheregauche.fr, février 2019.

[37] Cf. Canto-Sperber, Monique et Urbinati, Nadia, Le socialisme libéral, une anthologie : Europe-États-Unis, 2003

[38] Mitgang, Herbert, “Michael Harrington, socialist and author, is dead”, nytimes.com, 2 août 1989.

[39] Fink, Leon, “Bernie Sanders and Elizabeth Warren represent very different political traditions”, inthesetimes.com, 23 novembre 2019.

[40] Déclaration devant le New England Council.

[41] “Resistance Rising“, dsausa.org, juin 2016.

[42] “Carlo Rosselli: Socialist Heritic and Antifascist Exile“, Democratic Left, spring-summer 2000, pp. 25-28

[43] Carlo ROSSELLI, Quaderni di Giustizia e Libertà, 1932, p.46.

[44] Rédacteur de Left Voice, l’équivalent de RévolutionPermanente.fr en France.

[45] Eugene Victor DEBS, “Danger Ahead”, International Socialist Review, Vol. XI, No. 7, janvier 1911. Traduction de l’auteur.

[46] Entretien exclusif avec Naomi Burton de Means Media, hemispheregauche.fr, novembre 2019.

[47] “Is this punching up or punching down?” dans le texte. Dans le milieu de la comédie américaine, on peut entendre “Always punch up, never punch down.“ Autrement dit, il convient de ne pas s’en prendre aux personnes déjà marginalisées.

[48] How do you build an anti-capitalist streaming site?, hyperallergic.com, juin 2019.

[49] Le financement de campagnes électorales par les entreprises est autorisé depuis l’arrêt de la Cour suprême Citizens United v. Federal Election Commission du 21 janvier 2010.

[50] Gene JOHNSON, Amazon’s spending in Seattle council races doesn’t deliver, usnews.com, novembre 2019.

[51] Budget Control Act of 2011, Public Law 112-25, Aug. 2, 2011, govinfo.gov, p. 19.

[52] Du même auteur : La socialiste Kshama Sawant fait voter la première trêve hivernale des États-Unis, lvsl.fr, février 2020

[53] L’American Federation of Labor-Congress of Industrial Organisations est la plus grande organisation syndicale des États-Unis, avec près de 13 millions de membres. Le syndicat est traditionnellement proche du Parti démocrate.

[54] Liam DILLON, John MYERS, « Gov. Brown hails deal to raise minimum wage to $15 as ‘matter of economic justice' »latimes.com, 28 mars 2016.

[55] An Act relative to minimum wage, paid family medical leave and the sales tax holiday (Bill H.4640), malegislature.gov, 20 juin 2018.

[56] New York State’s minimum wage, ny.gov.

[57] Hourly minimum wage rates by year, Illinois.gov.

[58] House passes bill to raise minimum wage to $15, a victory for liberals, nytimes.com, 18 juin 2019.

[59] La probabilité pour que le Sénat vote la proposition est cependant faible car à majorité républicaine. En outre, le président Trump peut, en vertu de la section 7 de l’article 1 de la Constitution, mettre son veto. Le texte serait alors renvoyé devant les deux chambres et devrait être voté à la majorité des deux tiers pour passer outre le veto présidentiel.

[60] https://www.congress.gov/bill/116th-congress/house-resolution/109/text.

[61] Bien que plébiscité par la majorité des candidats, les avis divergent quant à sa réalisation effective. Parmi les contempteurs, on mentionnera John Delaney, qui, à l’occasion du premier débat de la primaire démocrate, a reproché à Bernie Sanders et Elizabeth Warren de promettre « tout gratuit » (free everything).