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DE LA NOTE


Les régionales et les partis politiques59 min read

Analyse des rapports de force partisanes pour les régionales dans une perspective des présidentielles en 2022

La présente note vise à analyser les enjeux des régionales en 2021 ainsi que les alliances et les positionnements des différentes forces politiques s’y présentant avant de présenter des pronostics de résultats. Elle analysera tout aussi bien les têtes de listes que le périmètre des alliances politiques afin de voir ce que les régionales peuvent nous apprendre de la structuration de l’espace politique français. Ce scrutin est nationalisé à la fois du fait du scrutin de liste et de sa proximité avec l’élection présidentielle. Il posera notamment la question de la montée du RN et de la persistance ou non du Front républicain face à celui-ci. Cependant, l’émergence de LREM et le déclin du PS et de LR au niveau national couplé à leur résistance locale entraîne un désalignement des comportements électoraux nationaux et locaux dans le cas de LREM avec une prime aux sortants LR et PS bien implantés.

Introduction

Le 20 et 27 juin 2021, les élections régionales se tiendront de manière concomitante avec les départementales. Bien que les élections régionales ne prédisent pas les résultats de l’élection présidentielle, elles présentent plusieurs enjeux pour les partis politiques. Les résultats offrent une photographie des forces partisanes à l’entrée de la campagne présidentielle. Dans un contexte où la présidentielle se tient en 2022, soit moins d’un an après les élections régionales, ces élections ont donc une grande importance pour les partis politiques. En effet, dans un système au scrutin majoritaire à deux tours, le but pour une force politique qui cherche à conquérir et à exercer le pouvoir est d’arriver au second tour. La dernière élection apporte une indication plus précieuse que les sondages pour les stratégies d’alliance qui ont pour but d’accéder au second tour. Enfin, les alliances régionales permettront de voir comment les partis politiques se situent par rapport à leurs adversaires, aux concurrents avec qui ils peuvent fusionner et avec quels autres partis ils s’allient.

Les enjeux des élections régionales

Un rapprochement des élections régionales et de la présidentielle lié à la crise sanitaire de la covid-19

Depuis plus d’un an désormais, la crise de la covid-19 bouscule la vie démocratique française. Les élections n’y échappent pas. Initialement prévues en mars 2021, les élections régionales ont été déplacées à juin 2021. Cette situation unique conduit à un rapprochement des élections régionales de juin 2021 avec l’élection présidentielle qui aura lieu en avril 2022. Or, l’élection présidentielle sous la Vème République demeure l’élection nationale phare de la démocratie française, celle qui mobilise le plus les électeurs, suscite le plus l’engouement de l’opinion et concentre l’attention médiatique et politique. Elle constitue la clé de voûte politique pour les partis qui aspirent à gouverner d’autant qu’elle précède les législatives. À ce titre, la tenue des régionales moins d’un an avant l’élection présidentielle cristallise le paysage politique, mettant en exergue les forces et les faiblesses des organisations politiques.

Les résultats des élections régionales pourraient indiquer un changement du rapport de force politique quelques mois avant le scrutin de 2022, sans pour autant être interprétés comme prédictifs de la présidentielle. En effet, l’inertie au niveau local du Parti Socialiste (PS) et des Républicains (LR) ne reflète pas leur étiolement national. Ces scrutins se placent, malgré tout, dans une perspective de « galop d’essai » pour les partis politiques et les candidats têtes de liste. Ils jouent le rôle des sondages d’opinion en amont de la présidentielle, c’est-à-dire de mesurer la popularité d’un parti et de ses candidats et d’effectuer une présélection des candidats à la présidentielle en comparant leur capital politique dans l’opinion. Certains candidats ne s’y trompent pas et voient dans ces élections régionales un tremplin vers la présidentielle. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez font de leur élection à la tête de leur région respective une condition sine qua non de leur candidature à la présidentielle. Les élections régionales sont ici envisagées comme une première étape d’une candidature à droite, remplaçant une primaire de la droite dont le résultat a été négatif et permettant de trancher entre des candidats.

Les enjeux que revêtent les élections régionales s’accentuent du fait que le paysage politique français actuel est encore en pleine recomposition depuis l’élection présidentielle de 2017. Les enjeux nationaux des élections régionales apparaissent d’autant plus saillants pour les organisations et partis politiques qui cherchent à consolider et étendre leur espace politique. Les alliances entre partis au premier tour et surtout au second tour se font, en fonction des contextes partisans et électoraux locaux, et contribuent à dessiner les espaces politiques.

Une nationalisation des enjeux du scrutin

L’inscription des élections régionales dans la perspective de la présidentielle liée au rapprochement des deux élections dont nous avons parlé, accentue la nationalisation des enjeux des élections régionales pour les partis. La nationalisation de ces élections a toujours été présente au regard du mode de scrutin qui ne favorise pas l’implantation des candidats et la lisibilité des enjeux locaux. Elle était déjà à l’œuvre avec la réduction du nombre de régions à 13 en 2014, regroupant des anciennes régions et créant, ainsi, des vastes territoires plus ou moins homogènes. D’un espace politique relégué derrière le national et les municipalités, les régions ont gagné en prestige et sont devenues des duchés locaux avec des présidents de régions puissants. Cette montée en puissance de l’échelon régional coïncide également avec l’accentuation de la compétition électorale puis l’accès à la présidence par des figures de stature nationale. Les élections régionales voient s’affronter des personnalités de poids comme des anciens candidats à la présidentielle, des anciens ministres ou encore en exercice, ainsi que des chefs ou des cadres de partis. Les présidents de région bénéficient d’un ancrage local tout en ayant des compétences sur un vaste territoire, ce qui leur permet de discuter avec l’exécutif. Le local tutoie le national tant en termes d’attention médiatique que de symbolique. Ce renforcement des régions suscite un engouement de figures partisanes qui aspirent à évoluer sur la scène nationale.

Par ailleurs, les thématiques abordées dans la campagne électorale confirment cette dimension nationale. Les candidats à la présidence des régions s’expriment sur tous les sujets, même d’envergure nationale et hors des compétences régionales. Ces dernières sont, par ailleurs, particulièrement floues pour l’opinion publique. Les lycées, la formation professionnelle, les transports et l’activité économique sont jugés par certains candidats et confirmés par des sondages d’opinion comme des sujets moins préoccupants pour les Français que la sécurité dans les transports. Ainsi, la sécurité s’est invitée dans la campagne de nombreux candidats de droite et du Rassemblement National (RN), mais aussi chez LREM par exemple avec Laurent Saint Martin, tête de liste en Île-de-France. Ces déclarations sécuritaires servent davantage aux candidats à se positionner sur la scène nationale afin de sortir de leur rôle de candidat à la « seule » présidence de région. Les candidats adoptent une stratégie dans laquelle le programme compte moins que ce qu’ils représentent en tant que candidat. Cela n’est pas nouveau et s’explique en partie par la difficulté pour les électeurs de cerner les compétences des régions et donc pour les candidats de faire campagne sur ces thématiques. Les candidats misent donc sur une personnification du scrutin, ce qui se confirme par le choix des têtes de listes et candidats médiatisés.

La personnification comme stratégie de campagne

La campagne des régionales de 2021 est marquée par de nombreuses figures nationales, dont certaines appartenant encore au gouvernement, qui figurent sur des listes régionales voir en prennent la tête, comme c’est le cas de Éric Dupont-Moretti actuel Garde des Sceaux tête de liste dans la région Hauts-de-France. La présence de présidents de régions sortants et ténors de LR et du PS, dont certains ont des ambitions présidentielles, a contraint les partis politiques à placer des têtes de listes de stature nationale. C’est notamment le cas de LREM qui envoie de nombreuses personnalités de son gouvernement et parti, en leur garantissant une réintégration en cas de défaite. Cette stratégie de nationalisation du scrutin a pour objectif de compenser le déficit d’ancrage local. Envoyer des personnalités relève donc aussi d’une démonstration de force mettant en scène un réservoir de personnalité en vue de la présidentielle. Les partis adoptent des stratégies opportunistes selon la position favorable ou non de leur parti au niveau national. LREM cherche à nationaliser le scrutin, tout comme le RN, malgré des discours « localistes », tandis que le PS et LR peuvent davantage s’appuyer sur leurs candidats sortants et jouer la carte de l’ancrage local. Ils cherchent donc à régionaliser le scrutin (tout en ayant des figures de stature nationale). Le choix des têtes de liste traduit par ailleurs une volonté d’équilibre entre la stature nationale et l’ancrage local des candidats. L’importance de la stature du candidat sera d’autant plus forte que la campagne dure peu de temps. La nationalisation du scrutin ne tient donc pas qu’au rapprochement des scrutins locaux et nationaux et à la montée en puissance des régions, mais aussi à la personnification de la campagne des régionales de 2021.

Malgré cette nationalisation du scrutin des élections régionales 2021 dans la perspective des présidentielles, les sondages d’opinion révèlent un désalignement des comportements électoraux locaux et nationaux qui n’est pas nouveau. En effet, bien que la campagne pour les élections régionales s’inscrive dans le temps de la présidentielle, les sondages d’opinion montrent que les intentions de vote pour la présidentielle ont peu d’impact sur la nature des favoris des régionales. Ainsi, LREM pourrait ne remporter aucune région alors qu’il serait présent au second tour de la présidentielle.

Les enjeux locaux des régionales et des alliances pour les partis politiques

Les élections régionales représentent des enjeux de prise et d’exercice du pouvoir pour les partis politiques. L’exercice du pouvoir donne des gages de crédibilité pour le parti, montrant ses capacités de professionnalisation et de bonne gestion. Il offre également des débouchés pour des cadres du parti et renforce leur expérience de professionnels de la politique. D’un point de vue financier, les élus locaux ou nationaux représentent une manne financière pour les partis auxquels ils versent un pourcentage de leur indemnité d’élu. Par ailleurs, les élections régionales sont stratégiques pour avoir des conseillers régionaux qui donneront leur parrainage pour l’élection présidentielle et éliront les sénateurs.

Les élections régionales donnent à voir la structuration territoriale d’un parti politique, son implantation locale et sa capacité à descendre à un échelon plus bas que le national. L’échelon local n’a pas les mêmes préoccupations que l’échelon national et est souvent plus en prise avec le terrain du fait de sa proximité. La particularité de ces élections régionales est qu’elles sont concomitantes avec les élections départementales qui sont un scrutin très localisé. Bien que les élections départementales concentrent moins l’attention des médias nationaux, elles sont aussi importantes pour l’implantation locale des partis. La coïncidence de ces scrutins renforce la question des alliances à géométrie variable d’autant que les états-majors des partis ou les sections locales des partis peuvent avoir des stratégies différentes dans les deux scrutins. Ainsi, localement les partis construisent une candidature et une campagne pour les départementales avec les forces en présence sans chercher à construire une force autonome. Pour les régionales, les alliances ou leur absence révèlent davantage des lignes politiques et des stratégies partisanes au niveau national ou au moins régional là où les candidatures aux cantonales dépendent beaucoup de la force locale des partis.

Les élections régionales suivent depuis 2004 un scrutin mixte à la proportionnelle avec une prime majoritaire, c’est-à-dire que la liste victorieuse se voit attribuer 25% des sièges et les 75% restants sont distribués à la proportionnelle entre toutes les listes du second tour. À l’issue du premier tour si une liste remporte la majorité il n’y a pas de second tour, dans le cas contraire seules les listes dont le score est supérieur à 10% des voix exprimées peuvent se maintenir et celles au-dessus de 5% peuvent fusionner. La prime majoritaire renforce la capacité de la liste en tête d’avoir une majorité pour gouverner. Cependant, la liste en tête doit obtenir un score de 33% au second tour pour s’assurer une majorité confortable. Ce seuil pourrait ne pas être atteint dans le cadre de quadrangulaires et pose la question des alliances après le second tour pour dégager une majorité permettant d’élire le président de région et de gouverner la région. Historiquement mise en place pour pénaliser le RN pour qui la simple proportionnelle était plus favorable, la prime majoritaire avait empêché ce parti de conclure des alliances post-élection au niveau local avec la droite, ce qui avait été le cas en 1998. Historiquement, les régionales ont été marquées par de nombreuses alliances Ainsi, le PS présentait des listes avec le Parti Communiste Français (PCF) en 2004, le Parti Radical de Gauche (PRG), le Mouvement républicain et citoyen (MRC) en 2010, ou le Mouvement des progressistes (MDP) et l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) en 2015. Jusqu’en 2004, EELV faisait des listes communes avec le PS et depuis 2010 a présenté des listes autonomes ou avec le Front de gauche (FG) en 2015. Le bloc de gauche radicale sous la bannière du FG depuis 2010 rassemble le PCF, le Parti de gauche (PG) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Il part plus ou moins uni selon les régions pour les élections régionales de 2010 et 2015. La droite aborde aussi la plupart des élections alliées à l’Union des indépendants (UDI) ou encore au Modem en 2015. Le jeu des alliances s’accentue au second tour, particulièrement dans le cas des triangulaires ou des quadrangulaires où figure le RN, les alliances se font alors au nom du front républicain, qui consiste à empêcher l’accession au pouvoir du RN. Ce dernier présente des listes dans toutes les régions depuis la mise en place du scrutin régional. Occupant d’abord un rôle d’arbitre et de faiseur de rois, il est aujourd’hui en capacité électorale de gagner des présidences de régions.

Dans la configuration partisane de 2021, les partis sont à la fois incités à s’allier pour maintenir leurs positions acquises dans un contexte de recomposition politique mais aussi à se présenter seuls pour justement pouvoir peser leur poids politique réel, particulièrement s’ils ont des ambitions politiques pour 2022.

La prime aux sortants

La prime aux sortants se mesure d’après trois indicateurs : la conjoncture de la politique nationale, la politique régionale et enfin la personnalité des candidats.

La conjoncture nationale devrait profiter à LREM et le RN qui sont les deux partis pressentis pour le second tour de l’élection présidentielle. Au contraire, la prime aux sortants favorise nettement le PS et LR, deux partis bien implantés localement et bénéficiant de figures évoluant sur la scène nationale mais en perte de vitesse notable au niveau national. De fait, ils conservent des positions plutôt qu’ils en conquièrent comme en ont témoigné les municipales de 2020. Ils vivent de leur grandeur passée et d’une recomposition politique pas suffisamment puissante pour les évincer totalement. Bien que le rapprochement entre les élections régionales et la présidentielle souligne les enjeux nationaux, il y a un désalignement des comportements électoraux locaux et nationaux favorable aux candidats sortants d’autant que le jeu de balancier droite-gauche et d’alternance ne fonctionne plus depuis la recomposition électorale. En effet, ces derniers bénéficient d’un bilan à défendre mais surtout d’une crédibilité plus forte. Les habits de présidents de région leur siéent d’autant plus qu’ils les portent déjà. Ils peuvent donc axer leur campagne sur leurs capacités de gestionnaire et dépolitiser en partie le scrutin. Le paysage politique régional est principalement occupé par les candidats à leur réélection. Enfin, la conjoncture nationale profite plus au RN qu’à LREM car l’électorat LREM a montré aux municipales qu’ils pouvait voter localement pour LR

Cette forte prime aux sortants peut s’expliquer par la personnification importante du rôle de président de région. Cependant, c’est surtout la crise sanitaire de la Covid-19 qui a représenté une aubaine pour les présidents de région. En effet, ces derniers sont apparus comme au premier plan face à la pandémie et palliant des défaillances de l’Etat et du gouvernement. La crise de la covid-19 a contribué à renforcer l’aura et la légitimité des régions et de leurs présidents, alors que la santé n’est pas une de leur compétence. Les régions Hauts-de-France, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie ont participé activement au déploiement des mesures sanitaires, notamment en fabriquant des masques Made in région ou en les achetant faute de tissu productif et en les distribuant. L’investissement ne concerne pas seulement l’équipement médical mais s’étend aux frais de communication[1]. Hervé Morin et Xavier Bertrand ont également déclaré qu’ils étaient autonomes de l’Etat pour négocier les vaccins directement avec les laboratoires, sans que cela soit possible en termes de compétences ni vérifiables. Ce dépassement de leurs compétences relève donc aussi de la stratégie politique qui s’avère payante puisque Jean Rottner, président de région en manque de légitimité et de notoriété jusqu’alors, est apparu comme l’homme de la situation dans le Grand Est frappé de plein fouet par la pandémie. Ainsi, les présidents de régions, notamment de droite ainsi que Carole Delga et Alain Rousset pour le PS, ressortent renforcés. La prime aux sortants visible tient en partie à l’influence personnelle et au capital politique des candidats, souvent connus au niveau national tout en ayant un ancrage local. Toutefois, c’est davantage l’absence d’alternative qui crée la prime au sortant, les autres partis peinent à proposer d’autres personnalités à opposer aux présidents sortants.

L’abstention persiste comme témoin d’une crise démocratique

Enfin, le dernier enjeu des élections régionales de 2021 concerne l’abstention. Lors des régionales de 2010, la participation était de 46,33% au premier tour et de 51,21% au second tour. Elle était légèrement plus haute pour les régionales de 2015 avec 49,91% au premier tour et 58,41% au second. Notons que la participation est toujours plus élevée au second tour des élections régionales depuis la mise en place de ce scrutin en 1986. Ce phénomène se retrouve pour quelques élections comme pour les élections présidentielles, dans une moindre mesure, ou comme les législatives de 1997. Cependant, une augmentation de plus de 5 points de la participation entre deux tours n’est pas commune. Cela peut s’expliquer notamment par la présence du Front National (FN), aujourd’hui RN. En outre, la concomitance des élections départementales et régionales mobilise davantage les électeurs qui perçoivent un enjeu plus important. Annie Laurent et Christian-Marie Wallon-Leducq ont mesuré que le couplage des élections régionales et cantonales de 1992 a diminué l’abstention de 2,5 points[2].

Ces observations s’inscrivent dans une dynamique de diminution du nombre total de voix exprimées sur le nombre d’inscrits sur les listes électorales au niveau national et local (la participation a certes augmenté aux européennes de 2019 mais par rapport à une participation extrêmement faible en 2014). L’abstention, et surtout son augmentation, est souvent expliquée de plusieurs manières : tantôt comme le témoin d’un désenchantement politique, d’une défiance grandissante envers le personnel politique, voire d’un désintérêt pour la chose publique. Elle est perçue comme une crise démocratique qui questionne la légitimité des résultats électoraux. Pourtant peu de choses sont mises en place pour y remédier.

Nuançons toutefois l’augmentation de l’abstention car la proportion des Français inscrits sur les listes électorales reste élevée, autour de 90 % des citoyens résidant en France métropolitaine et en âge de le faire. De même, 90% des électeurs votent à au moins un des tours de l’élection présidentielle ou des législatives. Cette participation est stable depuis 2002. Il apparaît que le vote change de forme vers un vote moins systématique, qui consistait à voter à tous les tours de toutes les élections, en devenant plus intermittent. L’abstention systématique est en légère progression depuis une dizaine d’années et a davantage augmenté lors de la présidentielle et des législatives de 2017 par comparaison avec les scrutins précédents.

Configuration partisane avant le premier tour des élections régionales

Les enjeux pour une gauche qui se cherche

Les enjeux des élections régionales pour la gauche sont multiples et variés. L’équation que celle-ci doit résoudre est complexe : dans un contexte de rétrécissement de l’espace de la gauche, de forces politiques équivalentes en termes de poids électoral et de l’absence de figures consensuelles. Aux élections régionales de 2015, soit avant l’apparition de LREM, la gauche a réalisé 36% des voix. À la dernière élection présidentielle, l’ensemble des candidats de gauche a atteint 28% des voix en cumulé et sans que l’un d’eux ne soit qualifié au second tour. Cette élection a acté l’éclatement du PS entre LREM, vers laquelle un grand nombre de cadres et personnalités centristes du parti ainsi que d’électeurs socialistes se sont tournés, et LFI qui a conquis les franges les plus à gauche du PS. Les élections législatives ont confirmé une recomposition à marche forcée. À la sortie de ces scrutins nationaux, les deux forces de gauche gagnantes sont LREM, de manière écrasante avec l’accession à la fonction suprême d’Emmanuel Macron, et LFI comme principale opposition, forte du score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et de l’obtention d’un groupe parlementaire. Aux élections européennes, dernier scrutin national, la gauche a fait 33%. LFI n’a pas su se maintenir dans le paysage politique aux élections européennes ou municipales remettant en question sa place de parti représentant la gauche. De plus, LFI mène la campagne présidentielle en parallèle des régionales, mais les deux ne semblent pas se mêler puisqu’elle s’allie à d’autres forces politiques au niveau local tandis qu’elle vogue seule au niveau national. En découle une décorrélation entre le niveau local et le national, avec une accusation régulière d’accaparement de l’espace politique par les députés à l’Assemblée Nationale. Au contraire, EELV a enclenché une dynamique positive depuis les élections européennes, un scrutin qui leur est favorable, à l’issue de laquelle ils sont apparus comme la troisième force politique avec 13,48% des voix exprimés et 13 sièges. Cette dynamique s’est confirmée aux élections municipales pendant lesquelles EELV a conquis de nombreuses mairies, notamment 7 mairies de plus de 100 000 habitants. Cette dynamique d’EELV tient aussi en partie à la stratégie de LFI d’enjamber les élections intermédiaires (européennes et municipales). EELV conteste ainsi à LFI et au PS le leadership à gauche. Aujourd’hui, l’ensemble des partis se situant à gauche de l’échiquier politique ne pèse qu’un petit tiers de l’électorat et est divisé entre un grand nombre de partis, dont aucun ne pèse particulièrement fortement. Or une division de la gauche entre une liste LFI, une liste EELV et une liste PS dans chaque région (pour prendre les trois partis les plus importants) amènerait au risque de ne pas franchir la barrière des 10% pour accéder au second tour. Dans cette optique, et avec la présidentielle en ligne de mire, les différentes alliances à gauche sont révélatrices des stratégies de celle-ci et de la manière dont elle se perçoit. Les configurations des alliances peuvent varier fortement allant de l’autonomie de chaque parti à des alliances, voire à l’union de la gauche. Néanmoins, mettons à part les trotskistes de Lutte ouvrière qui grâce à une force militante réelle présentent partout des listes depuis la mise en place du scrutin des régionales (même si les scores de celles-ci seront faibles).

Dans les régions où la gauche est la plus faible en Hauts-de-France et en PACA elle a fait des listes d’union très large. Cela a amené à un savant dosage en Hauts-de-France où la tête de liste Karima Delli est écologiste et où les têtes de listes départementales sont réparties au prorata de trois pour le PS, une pour le PCF et une pour LFI. En PACA aussi, la tête de liste est écologiste, EELV comme le PS ayant deux têtes de liste départementales et Génération.s en ayant une comme le PCF. L’alliance inclut également des plus petits partis comme la Gauche Républicaine et Socialiste, néo-chevènementiste, Place Publique, un ensemble de petits partis écologistes ou encore le PRG. Cependant, en PACA, l’alliance n’inclut pas LFI, totalement absente puisqu’elle ne présente pas de liste. De plus, l’union de la gauche doit faire face à une liste écologiste centriste.

Par ailleurs, en Normandie, Centre Val de Loire, Grand Est et dans les Pays de la Loire, la gauche présente deux listes regroupées autour d’un des partis les mieux placés (ou les moins mal placés) qui tente de rallier à lui le plus grand nombre de partis possibles. C’est le cas en Normandie où une liste emmenée par le PS regroupe aussi EELV et les plus petits partis du pôle écologiste (regroupement de petits partis écologistes alliés à EELV). De leur côté, LFI et le PCF s’allient dans une liste dirigée par le PCF. Ce schéma d’alliance sous la houlette du PCF montre la difficulté de LFI à avoir des cadres locaux bien implantés. Dans les Pays de la Loire, une alliance regroupant le pôle écologiste (EELV et alliés), et LFI emmenée par Matthieu Orphelin, un ancien député LREM de gauche et proche de Nicolas Hulot, s’oppose au bloc social-démocrate, c’est-à-dire le PS soutenu par le PCF, le PRG, Nouvelle Donne, GRS et Place Publique. Le même clivage avec des périmètres d’alliance proches des Pays de la Loire si on enlève de l’équation Matthieu Orphelin et les anciens macronistes de gauche, se retrouve en Centre Val de Loire. Par ailleurs, le clivage dans le Grand Est semble moins politique et traverse des lignes de clivages à l’intérieur de chaque parti. En effet, l’appel inédit soutenant Aurélie Filippetti rassemble des membres du PS, du PRG, de LFI et de Génération.s alors que la liste emmenée par EELV a le soutien officiel du PS et du PCF. Les deux listes rassemblent donc de chaque côté les différents pôles de gauche.

Enfin dans les régions Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes ou Bourgogne-Franche-Comté trois forces autonomes sont en compétition pour l’espace écologique de gauche et rallient à elles des petits partis : une d’alliance entre LFI et le PCF ou LFI et le NPA, une regroupant EELV et des petits partis satellites et une regroupant le PS, le PCF le plus souvent et le PRG. Le Parti animaliste ou la GRS sont quant à eux des petits partis se ralliant aux différents pôles de manière éclectique selon les régions.

La gauche apparaît comme divisée en trois pôles, celui autour de LFI et du PCF le plus faible en nombre de listes autonomes et qui n’est jamais à la tête d’une alliance avec EELV ou le PS, celui du PS et celui d’EELV.  Ces trois pôles essaient d’attirer dans leur orbite des plus petits partis. L’augmentation du nombre de partis semblant aller de pair avec le déclin électoral. Pour cela ils font une place assez large aux dits alliés. Par exemple, en Bourgogne-Franche-Comté, sur 100 places le PS en concède 13 au PCF et 5 au PRG, les deux partis ayant pourtant une faible implantation dans la région.

Une recomposition politique pour la droite

L’enjeu des régionales pour LR est de garder les régions tenues par le parti, de conquérir des cibles tangentes, comme la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire. Enfin, il s’agit d’avoir un score national faisant oublier la déroute des européennes et la victoire en demi-teinte des municipales. En effet, tout comme pour la gauche, la droite se trouve en plein processus de recomposition politique suite à un éclatement aux dernières élections. Lors de l’élection présidentielle de 2017, les affaires politico-jurdiciaires qui ont remis en cause la probité de François Fillon combinées à l’émergence de LREM, portée par Emmanuel Macron, ont bousculé la droite. À l’élection présidentielle, François Fillon a toutefois réalisé le score de 19,94% et la droite a obtenu 136 sièges sur 577 aux législatives. Toutefois, dans le cadre d’élections qui semblaient promettre une victoire de LR dans le cadre d’une alternance, ces scores constituent une contre-performance. Qui plus est, la stratégie d’élargissement de LREM à la droite centriste a fini de disséquer le parti LR, ce qui s’est observé lors des élections européennes où LR n’a pu envoyer que 8 députés au Parlement Européen. Au niveau local, les résultats sont meilleurs sans être suffisants. Ainsi, aux régionales de 2015, la droite n’a regroupé que 31% des voix au premier tour. De plus, les municipales représentent une victoire en demi-teinte puisqu’il est le parti qui obtient le plus de maires en nombre mais ne conquiert aucune ville de plus de 100 000 habitants, à l’exception de Metz. Les municipales pour LR ont vu la perte de Marseille et de Bordeaux, ainsi que de Nancy et de Perpignan. La conquête de Metz ne compense donc pas ces pertes. Par ailleurs, LR semble être en crise de leadership et désorganisé. Le parti peine à imposer ses propositions à l’agenda politico-médiatique et se créer un espace politique, bien qu’il soit en termes de nombre d’élus et de positions le principal opposant à LREM.

Le second objectif est aussi de ne pas être marginalisé par LREM dans les régions où il est le plus faible, notamment en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. En effet, dans ces deux régions LR n’a fait aux régionales précédentes que 18 % (Occitanie) et 27% (Nouvelle-Aquitaine). Le vote LREM peut donc être vu par un électorat de centre-droit comme un vote utile. Le parti noue donc des alliances pour lui permettre d’être au second tour des élections régionales et de se positionner dans son espace politique.

Les alliances de LR au premier tour sont hétéroclites tant en termes de stratégies que de couleur politique. Ainsi, en Île-de-France et Hauts-de-France les deux têtes de listes investies par LR sont celles de 2015, mais ont quitté le parti entre-temps. En Bourgogne-Franche-Comté, LR a signé un accord avec Debout la France (DLF), une première à cette échelle dans une des régions où le parti DLF avait été le plus fort en 2015. L’UDI, son allié de toujours, est avec LR, sauf en Nouvelle-Aquitaine et en Bretagne, deux régions où LR est plus faible, où il s’allie avec LREM. Le parti Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT), devenu Le Mouvement de la Ruralité (LMR) a rompu son alliance avec LR en Nouvelle-Aquitaine et fera liste commune avec le parti de Jean Lassalle, qui a toujours personnellement réalisé d’excellent scores quand il était sous étiquette Modem. Ailleurs, notamment en Hauts-de-France où Frédéric Nihous est élu, l’alliance entre LMR et LR est reconduite. LR arrive donc à rassembler assez efficacement son camp avec aucune liste dissidente hormis la liste de Jean Lassalle (LMR) en Nouvelle-Aquitaine.

Du côté de l’écologie de droite, le petit parti écologiste indépendant MEI s’allie avec LR en Ile-de-France et en Bourgogne-Franche-Comté et les écolos indépendants du Mouvement hommes animaux nature (MHAN) en Grand Est.

Un focus sur la PACA et la Bourgogne-Franche-Comté permet d’analyser sur un cas concret, la répartition des places dans les alliances politiques de LR. En PACA, l’alliance avec LREM et le retrait de la liste LREM ont suscité de nombreux commentaires politiques et médiatiques. La comparaison des places réparties en 2015, soit 15 UDI et 5 MoDem, à celles en 2021, où il y a 7 UDI, 6 LREM, 5 MoDem, 4 LC et une place pour le MR et une pour l’UCE, montre une légère progression des centristes, passant de 20 places en 2015 à 22 en 2021. Certes, on peut y ajouter les deux élus locaux divers gauche mais le poids des centristes dans l’alliance ne semble pas beaucoup plus important en 2014 qu’en 2020. LREM gagne donc au niveau national une fracture de LR au prix d’un effacement presque complet au niveau local. En Bourgogne-Franche-Comté, Debout la France a négocié 9 places avec LR, dont une tête de liste départementale. Le MEI et l’UDI en obtiennent quatre, LMR deux et une pour Les Centristes (LC) et Sens commun. Il s’agit d’un cas particulier avec une tête de liste LR très à droite et une alliance avec DLF qui a poussé l’UDI à se retirer en grande partie de la coalition. LR ne semble malgré tout pas avoir décidé de donner plus de places à ses alliés centristes pour contrer la montée de LREM. Cette politique indécise s’explique par le fait que cela pourrait exposer LR à une fuite des électeurs et des cadres dans l’autre sens vers le RN.

Deux enjeux se posent donc pour LR. En premier lieu ne pas se faire marginaliser par LREM qui apparaîtrait comme un vote utile de la droite et du centre dans les régions où LR est le plus faible, comme la Nouvelle-Aquitaine. Enfin, ne pas avoir un nombre de régions, inférieur à 2015 ce qui est possible en cas de perte de PACA, voire des Pays de la Loire, et enverrait un très mauvais signal sur la possibilité d’une reconquête électorale pour la présidentielle. Un avantage important qu’aura LR est la quasi absence de dissidences ou de concurrence dans son espace électoral à l’exception des rares listes DLF et de la liste soutenue par Jean Lassalle.

 

Les têtes de liste et les alliances de LREM, un révélateur d’un espace politique cantonné au centre

L’absence de liste LREM en PACA a été beaucoup commentée. L’objectif de LREM semble double : tout d’abord, fragiliser LR au niveau national pour la présidentielle, ainsi que se positionner comme un “rempart responsable” face au RN. Toutefois, en creux, cette stratégie révèle aussi la faiblesse structurelle de LREM au niveau local.

Les élections régionales ne s’annoncent pas très fructueuses pour LREM, comme les élections municipales de 2020. LREM ne pourra donc pas bénéficier d’une dynamique favorable pour entamer la séquence présidentielle, ni faire montre d’un ancrage local. Toutefois, les sondages d’opinion témoignent d’un soutien toujours présent des sympathisants du Président de la République, Emmanuel Macron, qui lui permettent de prétendre à un potentiel second tour face à Marine Le Pen. Les élections régionales sont donc l’occasion pour LREM et Emmanuel Macron de se positionner en opposition au RN et à sa présidente

LREM a eu des très mauvais résultats aux élections municipales sauf là où ils avaient déjà des cadres implantés, qui étaient le plus souvent des transfuges du PS, de LR ou du MoDem. Même dans ces cas, ils ont perdu la ville de Besançon et de Lyon. Pour tenter de remédier à cela, il s’allie avec des partis satellites de centre-droit : Agir, le Mouvement radical (MR), LC ; et de centre gauche : Territoire de progrès (TDP), Union des écologistes ainsi qu’avec le Modem, son allié historique. Il leur concède beaucoup de têtes de listes : le MR obtient celle d’AURA ; le Modem Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine, Territoires de progrès celle de la Normandie. Cela témoigne de la dépendance de LREM à ces partis. Le cas de l’Île-de-France est révélateur de la place que concède LREM à ses alliés. En effet, bien que le MoDem n’ait pas de barons locaux importants, il bénéficie de 56 places sur 209 sur la liste francilienne de LREM, qui ne garde que 100 places. Même dans une de ses zones de force, LREM n’a donc pas plus de la moitié des places et en concède beaucoup au Modem.

De son côté, le Modem parvient à faire des alliances plus larges que LREM, par exemple avec LC en Centre Val de Loire et l’UDI en Nouvelle Aquitaine. Le seul endroit où LREM arrive à faire une alliance aussi large est en Bourgogne Franche Comté car l’alliance entre LR et DLF rebute les partis centristes. Grâce à son alliance avec la droite, le MoDem avait 9 conseillers régionaux dans les Hauts-de-France, 9 élus dans le Grand Est, 13 en Île de France, 3 en Normandie et 4 dans la PACA. Parmi ces conseillers, 8 partent sur la liste de Valérie Pécresse en Ile de France, 6 avec Xavier Bertrand dans les Hauts de France, 3 en Normandie et dans le Grand Est avec la droite. Le MoDem vise à maximiser son nombre d’élus avec des alliances à géométrie variable, mais par cette stratégie il affaiblit aussi son allié LREM. Pour LREM se profile donc une élection difficile alors que le président de la République, Emmanuel Macron, ainsi qu’un certain nombre de ministres se sont investis politiquement dans la campagne. Le but sera de montrer que LREM peut être une alternative au niveau local à la droite pour un électorat de centre-droit, ce qui n’avait pas fonctionné aux municipales.

Les objectifs du Rassemblement National : s’imposer comme l’alternative à LREM dans la perspective des présidentielles

Le Rassemblement National cherche à créer des alliances pour sortir de son isolement et aborder la présidentielle comme un parti de gouvernement. Pour cela, il a adopté une double stratégie : tenter de s’allier avec des petits partis entre droite et extrême droite comme le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) ou Démocratie et République, petit parti basé en Moselle, et créer des partis satellites. Ces partis satellites peuvent être issus du RN, comme les Localistes, d’une scission de LR, par exemple la Droite Populaire, ou de DLF avec l’Avenir français. Le RN a relativement promu ces partis satellites en offrant deux têtes de listes dans des régions (Occitanie et en PACA)  où il peut faire un score important à la Droite Populaire. Il a également laissé plusieurs têtes de liste aux départementales, garantissant ainsi une élection à des membres de l’Avenir français et deux têtes de listes régionales aux dirigeants des Localistes dans les Pays de la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes. Cette stratégie vise à créer un univers de partis satellites autour du RN, semblable à celui dont le PS et l’UMP ont pu bénéficier entre 2002 et 2012 avec le PRG d’un côté ou CPNT de l’autre.

L’examen des têtes de liste du RN révèle une augmentation du nombre de cadres du parti. Cela démontre une capacité de professionnalisation du RN qui s’appuie en partie sur la venue de transfuges d’autres partis. En outre, le choix des têtes de liste montre une volonté de cibler l’électorat de droite avec deux têtes de listes issues de la droite populaire, ainsi que la figure de Sébastien Chenu dans les Hauts-de-France. Ce dernier a adhéré au FN en 2014 mais a eu, précédemment, un parcours marqué par le militantisme à droite dès ses 26 ans; il avait notamment fondé l’association LGBT de droite Gaylib. D’autres sont des jeunes cadres du RN, comme Jordan Bardella, Aleksandar Nikolic ou Edwige Diaz. Enfin, Julien Odoul vient aussi de la droite via l’UDI, tandis que Laurent Jacobelli vient de DLF et Hervé Juvin a des liens avec la Nouvelle Droite en écrivant notamment pour la revue Éléments. Ces nouvelles figures du RN venues d’autres partis n’excluent pas la présence de cadres historiques du RN comme Gilles Pennelle ou Nicolas Bay. Le RN semble considérer que sa marge essentielle de progression contre LREM dans l’objectif de 2022 se situe donc à droite. Avec la candidature d’Andréa Kotarac qui vient de la gauche, il montre qu’il peut convaincre largement.

Enfin, le RN bénéficie comme en 2015 d’une concurrence quasi inexistante sur son créneau électoral. Les Patriotes de Philippot ne présentent une liste que dans le Grand Est avec le parti la Voie du peuple (VIA), ancien parti chrétien-démocrate de Christine Boutin. Debout la France ne présente que quatre listes : en PACA, Bretagne, Pays de la Loire et Hauts-de-France, témoignant d’une crise militante très claire. Enfin, une liste concurrente d’extrême droite se présente en PACA, liée au baron local Jacques Bompard, maire d’Orange. Les concurrences sont surtout liées à des leaders implantés localement, ce qui témoigne de l’absence d’un concurrent national sur son créneau, favorisant le RN.

Le Rassemblement National aborde donc les élections régionales en bonne posture, les intentions de vote le placent au second tour de toutes les régions, voire en capacité de remporter une région ou plus. En outre, sa présidente, Marine Le Pen, est déjà pressentie pour affronter Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle.

 

La question des seconds tours et du front républicain

Jusqu’à aujourd’hui le RN était dans une posture de faiseur de rois. En effet, ses scores suffisamment importants lui permettaient de se maintenir au second tour, le parti en face bénéficiait alors du front républicain. Une autre stratégie du RN consistait à favoriser la droite par une « abstention bienveillante », comme ce fut le cas en 1986 ou en 1992[3]. Aujourd’hui la situation a un peu changé car le front républicain est questionné et la présence presque systématique du RN aux seconds tours oblige les partis adverses à faire passer l’intérêt républicain devant toute considération partisane. Cette logique de désistement face au RN affaiblit les autres partis sans pour autant empêcher le RN d’augmenter ses scores au fur et à mesure des élections. Cependant, le front républicain a permis d’éviter pour l’instant l’arrivée du RN à la présidence d’une région.

Dans les régions où le RN a des chances de gagner en triangulaire ou en quadrangulaire, la question du front républicain se posera. Les régions en question sont le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est, les Hauts-de-France et la PACA. Les rapports de force entre blocs politiques semblent assez équilibrés pour qu’aucune liste n’envisage de se retirer hormis dans la région PACA. Chaque camp politique espère l’emporter au second tour, c’est pourquoi la question du front républicain se pose à la gauche et la droite en PACA. Se retirer au risque de disparaître du conseil régional pour cinq années de plus et d’avoir des seconds tours catastrophiques pour les départementales dans la région avec une démobilisation de leur électorat ou se maintenir au risque d’être accusé d’avoir fait gagner le RN. Cela se passe en plus dans un contexte où il sera difficile d’appeler à une mobilisation générale pour voter LR contre un candidat RN ancien cadre de LR dans la région et où le RN pourrait même gagner en duel. Ailleurs, en Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est ou Hauts-de-France, la gauche devrait pouvoir se maintenir malgré les appels qui auront lieu en faveur d’un front républicain. Si le score très important du RN en 2015 avait provoqué un électrochoc avec une nette augmentation de la participation au second tour au détriment du RN; depuis la présence du RN à un niveau très important s’est banalisée. L’arrivée de LREM a aiguisé d’autres clivages, l’exécutif d’Emmanuel Macron étant très peu apprécié par une partie des militants de LR et de l’électorat de gauche. Enfin, il sera intéressant de voir dans quelle mesure LREM et LR réaliseront des fusions au second tour pour conquérir des régions sur la gauche ou en garder face au RN. Cela risque de fracturer LR sur la question de l’alliance avec LREM.

 

Des petites listes inclassables à la marge

Des listes anti-confinement se présentent dans quelques régions : Bretagne, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, Provence Alpes Côte d’azur et Occitanie. Leur score sera intéressant à analyser pour voir l’impact de ce discours. De même, l’Union des démocrates musulmans français (UDMF), petit parti communautariste musulman, arrive à présenter quelques listes dans le Grand Est, en Bretagne, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Île-de-France. Enfin, des listes régionalistes se présentent dans le Grand Est, en Bretagne, en Occitanie et en Provence Alpes Côte d’Azur. Il sera intéressant de voir leur score qui sera non négligeable en Bretagne et dans le Grand Est. La présence de ces listes témoigne au minimum de l’existence d’une base militante favorable à ces différents courants.

Tendances électorales dans les régions métropolitaines

La note porte sur la France métropolitaine, à l’exception de la Corse qui représente un environnement politique à part, fortement marqué par la présence des régionalistes.En outre en Corse, se tiennent des élections territoriales et non régionales puisque les corses sont appelés à voter pour élire l’Assemblée de Corse et le Conseil exécutif. Les outre-mers constituent également des territoires à part dans l’espace politique au niveau du champ politique local.

Les tendances que nous analysons ont été obtenues en croisant les résultats des élections depuis les élections régionales de 2015 : européennes de 2019, nationales (présidentielle de 2017, législatives de 2017) et régionales (régionales de 2015[4], municipales de 2020[5]) ; afin de mettre en évidence les dynamiques électorales à l’œuvre. Tous les partis n’étant pas présents à toutes les élections, deux niveaux d’analyse ont été nécessaires : un premier comparant la trajectoire des partis et un autre sur les blocs politiques pouvant regrouper plusieurs partis (extrême gauche, gauche, centre, droite, extrême droite). Cette analyse des scrutins précédents montre les évolutions des forces politiques et la recomposition électorale, c’est-à-dire l’effondrement des deux partis de gouvernement (le PS et LR), l’émergence d’un parti centriste et de la gauche radicale, la dynamique d’EELV, l’installation et la progression du RN. Le fait de ne pas se concentrer uniquement sur des élections locales permet de noter un alignement ou désalignement des comportements électoraux entre les élections régionales et les élections nationales. Par ailleurs, la comparaison entre les scrutins issus de l’ancienne cartographie administrative des régions et le scrutin de 2015 est assez aisée, car le redécoupage a consisté à fusionner des régions. En outre, l’offre électorale a été prise en compte pour estimer la manière dont elle peut modifier le vote. Cela peut inclure un président de région populaire, une liste ayant le soutien de beaucoup d’élus locaux ou encore un effet de dynamique électorale pour une petite liste qui se retrouve être la seule liste à part une liste d’union dans son camp. Enfin, les analyses se sont appuyées par les nombreuses enquêtes d’intentions de vote menées par les instituts de sondage afin de croiser les résultats, de les corroborer ou de les discuter.

Une grande force des barons Républicains dans leurs fiefs : Auvergne Rhône-Alpes, Grand Est, Hauts-de-France, Île-de-France, Normandie

Laurent Wauquiez favori face à l’absence de concurrence en Auvergne Rhône-Alpes

En Auvergne-Rhône-Alpes, une élimination de la gauche dès le premier tour est possible car elle part éparpillée entre ses trois principaux blocs (PS, EELV et LFI-PCF). EELV est le mieux placé à gauche car il bénéficie de points d’ancrage à Grenoble, Lyon et Annecy avec par ailleurs quelques zones de forces rurales, comme la Drôme ou la Haute-Savoie. Dans ces départements, EELV a fait d’excellents scores aux européennes bien que ces départements ne soient pas métropolitains et qu’EELV n’y ait pas d’allié régionaliste. En outre, si la tête de liste du PS Najat Vallaud-Belkacem est de loin la plus connue dans les têtes de liste de gauche, du fait qu’elle a été ministre de l’Education Nationale, elle est aussi une ministre ayant clivé le corps enseignant qui reste un des bastions électoraux de la gauche. L’alliance LFI-PCF devrait être handicapée par son absence de points d’ancrage forts et car elle a une tête de liste, Cécile Cukierman, peu connue. De plus, l’alliance du PCF avec le PS dans l’Allier pour les départementales affaiblit l’alliance LFI-PCF car l’Allier est la zone de force du PCF dans la région. Le score très élevé de Laurent Wauquiez dans les sondages d’intentions de vote est tout à fait crédible car il est un président de région sortant avec un ancrage local, une personnalité médiatique nationale et a su créer une alliance large. Son positionnement politique est plutôt marqué à droite mais les électeurs de l’UDI peuvent être séduits car LREM a peu attiré de cadres de l’UDI dans ses rangs. Enfin, le RN  ne devrait pas particulièrement percer dans une région où il n’est pas aussi fort qu’ailleurs et où les municipales de Lyon ne lui ont pas été favorables.

Le Grand Est disputé entre LR et le RN

Jean Rottner a une position très solide, due principalement à sa position de sortant et sa notoriété acquise lors de la crise de la Covid-19. Cela dit, il peut être handicapé par une campagne peu dynamique. LREM mène une campagne active appuyée par une ancienne cadre de LR bien implantée. Les deux listes de gauche sont dans une région qui est devenue une terre de mission pour la gauche. Elles sont toutes les deux à la peine même si l’une peut bénéficier de la conquête par EELV de Strasbourg et l’autre de la notoriété d’Aurélie Filippetti.Le RN mène une campagne dynamique favorisée par le refus de la fusion en Alsace. La liste de Florian Philippot bénéficie de sa notoriété. D’autre part, son positionnement proche du complotisme lui a permis de se reconstituer une base militante. Il sera intéressant de voir s’il fusionne avec le RN, ce qui n’est actuellement pas exclu, et ce que fera son électorat.

Le résultat incertain de Xavier Bertrand face au Rassemblement National dans les Hauts-de-France

Comme pour le Grand Est, les résultats pour les Hauts-de-France semblent incertains. En effet, les derniers sondages placent Xavier Bertrand et Sébastien Chenu dans la marge d’erreur. Xavier Bertrand est président de région sortant. Il est populaire et la droite devrait faire un bon score. Les Hauts-de-France sont une zone de force nationale du RN qui a désormais une forte implantation locale : 129 des 170 candidats du RN sont déjà membres des conseils municipaux, départementaux ou sont conseillers régionaux sortants. L’union de la gauche peut subir une fuite de ses voix vers Xavier Bertrand et le RN par rapport aux scores qu’auraient fait séparément les listes de gauche mais l’alliance leur permettra d’être au second tour. Dans une région à la sociologie défavorable pour eux, LREM aura du mal à atteindre le second tour. Pour le second tour, tout dépendra de la capacité de Xavier Bertrand à attirer des voix de la gauche ou de LREM. Il devra si LREM atteint le second tour fusionner avec eux ou obtenir leur retrait.

LR nettement favori en Ile de France grâce à Valérie Pécresse

La gauche est divisée en trois listes dans un mouchoir de poche dans les sondages. Des petites listes qui vont surtout prendre des voix à gauche vont compliquer le franchissement de la barre des 10% pour les trois principales listes de gauche. Valérie Pécresse est présidente de région, populaire, connue au niveau national et avec une large alliance. Elle sera face à une gauche qui sera très largement distancée au premier tour ce qui devrait démobiliser son électorat au second tour. LREM, dans une région favorable sociologiquement mais avec peu d’ancrages locaux, et le RN qui centre sa campagne en Île-de-France sur les régionales devraient faire des scores honorables.

Hervé Morin reconduit en Normandie contre le RN ?

Hervé Morin est un président de région connu et populaire avec une forte assise locale. La dissidence de LREM devrait handicaper le candidat officiel pour le second tour car il sera vu comme étant trop faible au premier tour  pour représenter une alternative crédible à Hervé Morin. La liste EELV-PS devrait être en tête de la gauche grâce au soutien des maires des plus grandes villes et car si la liste PCF-LFI dispose de vrais bastions en Seine-Maritime, elle a très peu de points d’appuis en Basse-Normandie. Dans la continuité de précédentes élections dans cette région et avec une dynamique favorable, le RN sera haut, d’autant plus que leur tête de liste est connue.

Des régions disputées : Pays de la Loire, Centre-Val-de-Loire, Bretagne et Bourgogne-Franche-Comté

L’espoir d’EELV dans les Pays de la Loire

Les résultats du premier tour dans les Pays de la Loire seront assez équilibrés entre les partis, permettant à cinq partis de prétendre au second tour. La région est favorable à LR, mais la présidente est très peu connue, ayant pris la présidence de la région à mi-mandat. La coalition entre EELV avec un ex député LREM, Matthieu Orphelin rassemble une union large avec des soutiens allant de LFI à Cédric Villani. Le PS est affaibli face à cette alliance large mais dispose de la mairie de Nantes et bénéficie de l’implantation locale forte de leur candidat, Guillaume Garot, en Mayenne. LREM a un candidat, François de Rugy, très implanté localement et connu nationalement qui pourrait faire un très bon score.. On note que la campagne locale est très polarisée sur l’écologie avec de nombreuses têtes de listes connues pour être engagées sur la question, comme Matthieu Orphelin pour EELV évidemment mais aussi François de Rugy pour LREM puisqu’il était ancien député EELV et même Hervé Juvin qui est le responsable écologie du RN. Les Pays de la Loire sont avec PACA, la région que LR a le plus de chances de perdre, ici au profit de LREM ou d’EELV.

La possible conquête de la Bourgogne-Franche-Comté par le Rassemblement National

Le scrutin en Bourgogne-Franche-Comté s’annonce particulièrement serré et pourrait voir la victoire du RN, qui depuis plusieurs années a largement progressé dans cette région. Le PS devrait toutefois être en tête de la gauche avec Marie-Guite Dufay, présidente de région et grâce à l’alliance avec le PCF. Le temps des cerises, liste emmenée par Bastien Faudot ancien cadre chevènementiste membre de la GRS et soutenue par la France Insoumise ;  a quelques points d’appui malgré le fait qu’il s’agisse d’une région structurellement défavorable à la gauche radicale depuis une trentaine d’années. EELV est dans une zone de faiblesse électorale et la conquête de Besançon ne compense guère cette donnée. En outre, ils n’ont quasiment aucun allié dans la région, puisque les écologistes indépendants du MEI sont partis avec LR et leurs alliés de gauche habituels avec Le temps des cerises. LR s’est allié avec DLF, la tête de liste LR se situant à droite du parti permettant cette alliance et compensant la perte sur son centre avec LREM. LREM incarne le centre-droit appuyé par quelques réseaux d’élus locaux, comme l’ancien président de région socialiste de 2004 à 2015, ou le maire de Vesoul et celui d’Autun.La Bourgogne-Franche-Comté est avec la région PACA le théâtre où le RN a le plus de chances de victoire. Il y est fort et le fait d’avoir potentiellement trois listes en face au second tour peut permettre une victoire. D’autant plus que LR est moins fort dans cette région qu’en PACA ou que dans les Hauts-de-France. Un accord entre LREM et LR sera particulièrement difficile au regard de l’accord de premier tour entre LR et DLF, qui s’était allié au RN au second tour de 2017. Une alliance de gauche au second tour peut également l’emporter, le scrutin est donc ouvert.

Malgré l’aura de Jean-Yves Le Drian, la Bretagne devrait rester au PS

En Bretagne, l’élection régionale est marquée par la multiplication de listes, ce qui contribue à éparpiller les votes de gauche tout comme ceux de droite. De plus, l’élection est le lieu d’une bataille pour la succession de Jean-Yves Le Drian, qui a lui-même désigné deux successeurs : l’un au PS qui a repris la région après son départ pour le gouvernement et l’autre affilié LREM son nouveau parti. Une partie des réseaux PS bretons liés à Le Drian sont passés à LREM. Ce dernier devrait donc prendre de nombreuses voix à gauche. EELV a un assez fort potentiel électoral en Bretagne, mais est handicapé par la liste dissidente de Daniel Cueff, figure politique écologiste bien implantée. En outre, les municipales ont été favorables au PS qui a reconquis Saint-Brieuc et gardé Rennes, ainsi que Brest. Dans une terre de mission , le RN est handicapé par la double concurrence de DLF et d’une liste d’extrême droite concurrente. Le second tour dépendra probablement des alliances particulièrement incertaines dans cette région.

Une quadrangulaire serrée en Centre-Val de Loire

La configuration partisane et les têtes de listes qui se présentent promettent un scrutin équilibré à l’issue du premier tour. En effet, LREM a un candidat Modem très bien implanté qui pourrait arriver avant le candidat de LR. Le PS a encore des points d’appui et la présidence sortante. Le PS a très bien résisté en 2015 et pourrait cette fois encore l’emporter. L’alliance EELV-LFI peut s’appuyer sur la conquête de Tours par EELV mais doit affronter une liste écologiste dissidente. Le jeu des alliances au second tour déterminera la présidence. La fusion au second tour entre les listes EELV et le PS devrait s’effectuer sans trop de problèmes. Le RN pourrait gagner de justesse dans une région où il est fort et où il présente une jeune figure de cadre issu du parti, Aleksandar Nikolic. Enfin, une alliance entre LREM et LR dépendrait à la fois des chances perçues d’une victoire du RN et de l’ordre d’arrivée car il sera dur pour LR d’accepter d’être derrière LREM.

Le probable maintien du Parti Socialiste comme force de gauche hégémonique : Nouvelle-Aquitaine et Occitanie

Alain Roussel devrait confirmer l’implantation du Parti Socialiste dans la Nouvelle-Aquitaine

Dans la région Nouvelle-Aquitaine, LR sera très affaibli par la liste Modem-LREM car le Modem est traditionnellement fort dans la région comme l’UDI. De plus, l’UDI est parti sur la liste du Modem Cela s’ajoute à la déception des municipales dans la région puisque LR a perdu Bordeaux au profit d’EELV, or la droite locale a ses zones de force en région urbaine dans cette région. Enfin, LR va subir la concurrence de la liste rurale soutenue par Jean Lassalle et issue de Chasse Pêche Nature et Tradition dont les meilleurs scores historiques étaient en Nouvelle-Aquitaine. LR devrait arriver à un étiage qui pourrait être relativement faible. EELV patine avec une campagne difficile, malgré ses victoires aux municipales à Bordeaux et Poitiers. De son côté le PS est favorisé car le président sortant est connu et populaire et que les zones rurales font partie des rares bastions socialistes. Enfin, pour le RN c’est une zone de faiblesse mais où il est en progression et a une tête de liste jeune ayant fait depuis des années un gros travail d’implantation locale. Au second tour, un PS, en fusionnant avec EELV, devrait l’emporter sans problème en triangulaire ou en quadrangulaire.

Une Occitanie où le PS est dominant face à un RN fort

La région Occitanie semble jouée d’avance en faveur du PS malgré la probabilité très forte d’absence de front républicain avec le RN au second tour. Le RN est fort dans l’ancienne région du Languedoc-Roussillon et est renforcé par la victoire à Perpignan. Si en Languedoc-Roussillon, il a plusieurs points d’appuis régionaux, le RN est cependant moins implanté dans l’ancienne région Midi-Pyrénées. Le PS est sortant dans la région et a une base électorale historique dans les zones rurales de Midi-Pyrénées tout en ayant récupéré Montpellier contre la scission de Philippe Saurel. Les municipales n’ont pas été très bonnes pour EELV et LFI qui ne devraient pas avoir des scores si élevés d’autant pour LFI qu’ils partent sans le PCF. LR a gardé Toulouse qui représente son principal ancrage régional, mais aussi une dissonance électorale car la ville vote davantage à gauche lors des autres scrutins. LREM a envoyé un candidat peu connu qui manque d’assise locale. Le parti devrait avoir du mal à faire un score important. Il n’y aura très probablement pas de front républicain au second tour car LR se désiste très rarement en troisième position d’autant plus que le RN ne peut pas gagner la région. Le PS devrait gagner en triangulaire.

La possible victoire du Rassemblement National en PACA

La région PACA a vécu plusieurs rebondissements de campagne dûe à la menace réelle d’une victoire du RN. Le retrait de la liste LREM a été catastrophique pour LR auprès de l’électorat de droite. Le RN a de vraies chances de gagner même si la gauche se retire. Il sera d’ailleurs difficile pour LR de maintenir une position de front républicain contre Thierry Mariani, ancien cadre LR et notable de la région. La liste d’union de la gauche est handicapée par un effet de vote utile pour les deux listes vues comme pouvant gagner (LR et le RN). En outre, même si la victoire à Marseille est une excellente nouvelle pour la gauche, les dernières municipales ont été catastrophiques ailleurs où elle a fait moins de 10% à Toulon, 25 % à Aix en Provence et 20% à Nice (avec Jean-Marc Governatori candidat qui a une assise locale). La gauche n’a plus que quatre conseillers départementaux en Alpes-Maritimes et n’en a plus aucun dans le Var. Le potentiel électoral de la gauche dans la région est donc désormais très faible malgré son union, d’autant plus qu’elle doit affronter une liste écologiste centriste emmenée par Jean-Marc Governatori.

Conclusion

Ces élections régionales devraient donc mettre en exergue un espace politique français fracturé et archipélisé entre plusieurs blocs politiques, situation qui se prête de plus en plus mal à un scrutin présidentiel favorisant le bipartisme. Elles montrent également un problème persistant de la gauche qui au sein des différents blocs est le seul qui est lui-même fracturé entre divers blocs électoraux d’un poids équivalent. Elles soulignent également une tendance du PS et de LR à pouvoir attirer essentiellement dans des bastions historiques ,comme si le jeu de l’alternance entre ces deux forces pour les élections locales semblait avoir disparu avec leur déroute aux élections nationales. Enfin, elle témoignent au niveau de la campagne d’une incapacité persistante de LREM à s’implanter comme un parti ayant également des élus locaux.

Sources

Bibliographie

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LAURENT Annie, WALLON-LEDUCQ Christian-Marie, « Chapitre 10 : La double inconstance. Partis, électeurs et double vote », dans : BONENFANT Thierry, Le vote éclaté. Les élections régionales et cantonales des 22 et 29 mars 1992, Paris, Presses de Sciences Po, « Chroniques électorales », 1992, p. 231-250.

LEHINGUE Patrick, « Les singularités des élections régionales en France », Savoir/Agir, vol 1, n° 11, 2010, p. 47-53.

MARTIN Pierre, « Les élections régionales de décembre 2015. Vers le tripartisme ? », Commentaire, vol 1, n°153, 2016, p. 89-96.

MARTIN Pierre, « Les municipales de mars 2020. Un mauvais tour ? », Commentaire, vol 2, n°170, 2020, p. 281-288.

Sondages

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Elabe, « Élections régionales de 2021 en Provence Alpes-Côte d’Azur », Enquête du 21 au 26 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1133 personnes.

Harris Interactive, « Les intentions de vote pour l’élection régionale dans les Hauts-de-France », Enquête du 20 au 24 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1218 personnes.

Ifop, « Le climat électoral en Normandie dans le cadre des élections régionales de 2021 », Enquête du 8 au 14 avril 2021, Taille de l’échantillon 905 personnes.

Ifop, « Le climat politique en Occitanie pour les élections régionales de 2021 », Enquête du 21 au 27 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1003 personnes.

Ifop, « Le climat politique en Nouvelle-Aquitaine pour les élections régionales de 2021 », Enquête du 26 au 31 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1000 personnes.

Ifop, « Le climat électoral en Provence-Alpes-Côte d’Azur dans le cadre des élections régionales de 2021 », Enquête du 26 au 31 mai 2021. Taille de l’échantillon : 1006 personnes.

Ifop, « Le climat électoral en Auvergne-Rhône-Alpes pour les élections régionales de juin 2021 », Enquête du 31 mai au 4 juin 2021, Taille de l’échantillon : 992 personnes.

Ipsos, « Les intentions de vote pour le premier tour des élections régionales en Nouvelle-Aquitaine », Enquête du 30 avril au 4 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1000 personnes.

Ipsos, « Sondage d’intentions de vote pour les régionales en Centre-Val-de-Loire », Enquête du 12 au 15 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1000 personnes.

Ipsos, « Sondage d’intentions de vote pour les élections régionales en Hauts-de-France », Enquête du 27 au 29 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1000 personnes.

Odoxa, « Régionales, état de l’opinion et intentions de vote en Bretagne », Enquête du 21 au 25 avril 2021, Taille de l’échantillon : 1020 personnes.

OpinionWay, Régiotrack, Enquête du 19 au 25 mai 2021, Taille de l’échantillon : 5017 personnes.

OpinionWay, « Les intentions de vote pour l’élection régionale dans les Hauts-de-France », Enquête du 26 au 29 mai 2021, Taille de l’échantillon : 1048 personnes.

OpinionWay, « Les intentions de vote pour l’élection régionale en Auvergne-Rhône-Alpes », Enquête du 28 mai au 1er juin 2021, Taille de l’échantillon : 1062 personnes.

[1] GUEGUEN Élodie, TRONCHET Sylvain et Cellule investigation de Radio France, « Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes championnes des achats de masques pendant le premier confinement », France Culture, Publié le 05/12/2020

[2] LAURENT Annie, WALLON-LEDUCQ Christian-Marie, « Chapitre 10 : La double inconstance. Partis, électeurs et double vote », dans : BONENFANT Thierry, Le vote éclaté. Les élections régionales et cantonales des 22 et 29 mars 1992, Paris, Presses de Sciences Po, « Chroniques électorales », 1992, p. 231-250.

[3] LEHINGUE Patrick, « Les singularités des élections régionales en France », Savoir/Agir, vol 1, n° 11, 2010, p. 47-53.

[4] MARTIN Pierre, « Les élections régionales de décembre 2015. Vers le tripartisme ? », Commentaire, vol 1, n°153, 2016, p. 89-96.

[5] MARTIN Pierre, « Les municipales de mars 2020. Un mauvais tour ? », Commentaire,vol 2, n°170, 2020, p. 281-288.